« La Hidaire : Quand le cuir de l’agneau devient un héritage vivant tissant la mémoire de Doukkala »

Tandis que la fabrication de la “hidoura” est presque oubliée dans les grandes villes à cause du rythme de vie rapide et des changements de modes de vie, cette tradition marocaine authentique demeure vivante dans plusieurs régions du Maroc, en tant que rituel profondément ancré dans les coutumes liées aux célébrations de l’Aïd al-Adha.
Dans la région de Doukkala, la fabrication de la “hidoura” à partir de la peau de l’animal est l’une des coutumes les plus précieuses que les familles de la région s’attachent à préserver. Elle revêt des dimensions sociales, culturelles, économiques et environnementales qui reflètent la richesse du patrimoine culturel marocain et la gestion durable des ressources naturelles.
À titre d’exemple, dans la tribu des “Beni Dghough” dans la province de Sidi Bennour, les femmes des douars de cette région s’attachent chaque année à revitaliser les rituels de préparation des peaux des sacrifices, transformant une matière brute en pièces domestiques chaudes qui ornent les foyers. Cette pratique se transmet de génération en génération, condensant les valeurs de gestion domestique durable et de culture du recyclage.
Ce rituel commence dès le premier jour de l’Aïd, où il est important de faire preuve de prudence lors de l’écornage pour assurer l’intégrité de la peau, évitant ainsi toute éraflure. Les étapes d’une préparation minutieuse, reposant sur des techniques traditionnelles transmises, débutent ensuite.
À cet égard, Fatima, une membre de la tribu Beni Dghough, a souligné les dimensions symboliques et les techniques traditionnelles impliquées dans ce processus, affirmant que “la préparation de la hidoura est une célébration d’un symbole patrimonial authentique lié à la bénédiction de la fête et à l’atmosphère spirituelle qui l’entoure.”
Dans une déclaration à l’Agence Maroc-Oriental, elle a précisé que le processus de couture de la peau commence immédiatement après le sacrifice, en étalant et ouvrant la peau, qui est ensuite mise à tremper et traitée dans la soirée avec un mélange de gros sel, d’alun et de farine. Elle est recouverte de sel et laissée à reposer pendant plusieurs jours avant d’être enveloppée dans du plastique en vue de son raclage et nettoyage.
Fatima a ajouté que le nettoyage de la peau est suivi d’un chemin minutieux de lavage et de séchage, de polissage de la laine à l’aide d’un peigne traditionnel (le qrachal) et de l’exposition au soleil jusqu’à ce qu’elle soit complètement sèche, pour devenir ensuite prête à servir de matelas douillet et sain.
De son côté, Rokia, une autre femme de la région, a insisté sur l’importance de préserver ce patrimoine culturel, considérant que prendre soin de la hidoura est un “réel garde-fou du legs ancestral.”
Elle a expliqué que ce processus, qui nécessite un savoir-faire et une connaissance approfondie des différentes étapes, représente un lien entre le passé et le présent.
Rokia a ajouté que cette longue opération artisanale garantit la transformation de la peau en tapis et en literie de qualité, destinés à honorer les invités et à embellir les maisons. Cela constitue une alternative écologique et économique efficace, empêchant ainsi la perte de ce patrimoine et de ses significations symboliques et culturelles.
Enfin, l’importance de la “hidoura” dans la région de Doukkala ne se limite pas à sa valeur utilitaire. Elle se transforme également en un vivier pédagogique pour inculquer aux jeunes les valeurs de patience, d’orgueil patrimonial, et de sensibilisation environnementale axée sur le recyclage des déchets, tout en protégeant le patrimoine humain local contre l’érosion face à l’avancée des alternatives industrielles et à la culture de la consommation moderne.




