La coalition contre le terrorisme et l’extrémisme met en garde contre l’instrumentalisation de la religion et les menaces de manifestations avant les élections

À l’occasion de son dixième anniversaire, le Front national de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme au Maroc a publié un communiqué dans lequel il met en garde contre les dangers de l’utilisation de la religion et du sacré lors des prochaines élections législatives, ainsi que contre tout doute préalable sur l’intégrité des élections ou la menace de manifestations et de désordres en cas de résultats non conformes aux attentes.
Le Front a affirmé que la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme ne devrait pas se limiter à une approche sécuritaire, tout en saluant les efforts des forces de sécurité marocaines pour déjouer les plans terroristes et démanteler les cellules. Il estime que la lutte contre l’extrémisme nécessite également le traitement des environnements intellectuels, politiques, culturels et sociaux qui produisent des discours de haine, d’incitation et de takfir.
Dans le cadre des préparatifs pour les élections législatives, le Front a exprimé son inquiétude quant à ce qu’il a qualifié de « retour des manifestations de l’utilisation de la religion et du sacré dans les mobilisations politiques et électorales », soulignant que le vote devrait se baser sur des programmes et des choix politiques, économiques et sociaux, et non sur des peurs religieuses ou sur le fait de présenter le vote pour un parti donné comme un « devoir religieux ».
Le Front a également fait référence à des déclarations attribuées au secrétaire général du Parti de la justice et du développement, Abdelilah Benkirane, qui auraient été publiées dans les médias nationaux le 7 août 2026. Il considère que ce qui y est énoncé, si les contenus sont vérifiés, concernant des doutes sur les résultats électoraux à l’avance et la menace de manifestations en cas de non-domination du parti dans les résultats, pourrait avoir un impact négatif sur la confiance dans le processus électoral et les institutions.
Le Front a insisté sur le fait que la contestation est un droit garanti lorsqu’elle s’exerce dans le cadre de la loi, mais a jugé que la menace de désordre ou l’utilisation de la rue pour faire pression sur l’État et les institutions en raison des résultats électoraux ne concorde pas avec les règles de la compétition démocratique. Il a appelé les différentes forces politiques à respecter les résultats des urnes et à recourir aux institutions et à la justice en cas de recours.
Le Front a demandé l’établissement d’un « pacte national contraignant » impliquant tous les partis politiques, comprenant l’engagement à respecter les résultats des élections, à ne pas utiliser la religion et les sacralités dans les campagnes électorales, et à ne pas douter a priori de l’intégrité du scrutin, en plus de respecter la liberté de conscience, la pluralité, la citoyenneté et l’égalité.
Il a également appelé à établir des sanctions juridiques contre quiconque prouverait son implication dans l’utilisation de la religion ou des discours de haine, d’incitation et de takfir en tant que moyen organisé de mobilisation politique, affirmant qu’il n’existe « aucune immunité » pour tout discours qui se traduit par une incitation à la violence, au désordre ou à la stigmatisation des citoyens, quelle que soit sa source.
Concernant la question palestinienne, le Front a renouvelé son soutien au droit du peuple palestinien à la liberté et à l’autodétermination, ainsi qu’à l’établissement de son État indépendant, tout en refusant de transformer la question palestinienne en un outil de mobilisation électorale ou de trahison et de haine au sein de la société marocaine. Il a également souligné la nécessité de faire la distinction entre la critique des politiques israéliennes et l’atteinte aux Juifs en tant que citoyens ou communauté religieuse.
Le Front a confirmé que sa lutte n’est pas contre la religion ou les croyants, mais contre l’utilisation de la religion comme instrument de domination politique, d’appropriation de la vérité et d’imposition d’un contrôle sur la société. Il a également appelé à renforcer le rôle de l’éducation, des médias et de l’espace numérique dans la prévention de l’extrémisme, en ancrant les valeurs des droits de l’homme, de la citoyenneté, de la pensée critique, et en luttant contre les discours de haine.
En conclusion de son communiqué, le Front a appelé à l’adoption d’une politique nationale globale de prévention de l’extrémisme qui conjugue sécurité, droits de l’homme, éducation, culture, justice sociale et démocratie, affirmant que le terrorisme ne débute pas nécessairement par la violence, mais peut être précédé de phases d’incitation, de takfir, de haine et d’exclusion.
Le Front a terminé son message en affirmant que les élections ne sont pas un consentement, et que la compétition démocratique exige d’accepter les résultats des urnes et de respecter les institutions et la loi, mettant en garde contre la transformation des futures élections en un affrontement entre la volonté des électeurs et toute entité prétendant détenir une vérité religieuse ou un droit présumé à la victoire.




