Marrakech 2025 : L’Interpol trace une feuille de route pour la sécurité mondiale et la réponse conjointe contre la criminalité organisée.

Par : Al-Baraq Chadi Abdel Salam
Avec la réunion de plus de 800 délégués, dont 82 chefs de police et 25 ministres, à Marrakech du 24 au 27 novembre 2025, le monde de la sécurité tourne les yeux vers le Maroc. La sommet de Marrakech, représentant la 93e session de l’Assemblée générale d’Interpol, n’est pas un événement ordinaire ; c’est un moment clé où Interpol vise à dépasser le concept traditionnel de coopération sécuritaire pour établir une phase de dissuasion collective. Face à la criminalité organisée qui dépasse les frontières et s’appuie sur des techniques complexes, la feuille de route de Marrakech s’annonce comme le dernier schéma pour faire face à des défis sécuritaires que plus aucun pays ne peut traiter seul. À cet égard, le choix du Maroc pour accueillir cet événement de sécurité mondiale n’est pas qu’une simple décision organisationnelle, mais un acte de reconnaissance international de la position du royaume grâce à son approche de sécurité globale et à ses forces de sécurité efficaces, professionnelles et dotées d’une gouvernance unique, consolidant son rôle essentiel en tant que garant de la stabilité régionale et internationale, pivot autour duquel s’articulent les grandes visions pour relever les défis du siècle.
Au cours des deux dernières décennies, nous avons assisté à un effondrement progressif de l’efficacité du modèle de « coopération sécuritaire » basé sur l’échange d’informations tardives. Alors que les forces de police et de sécurité attendaient des réponses à travers des canaux diplomatiques complexes, les réseaux de criminalité organisée exécutaient leurs opérations avec une efficacité décentralisée, exploitant les lacunes juridiques et les différences législatives entre les pays comme autant de points aveugles et de zones de sécurité pour agir, financer et exécuter. Cela est devenu plus qu’une simple menace ou une intrusion dans le système sécuritaire ; c’est devenu un défi existentiel qui met en péril la souveraineté économique, sociale et politique des États, les exposant à un effondrement graduel.
Les groupes criminels aujourd’hui représentent une menace existentielle, n’étant plus actifs seulement sur le terrain, mais devenant internationalement omniprésents, utilisant l’espace cybernétique avec une confiance et une audace sans limites. Ces réseaux se livrent à la traite des êtres humains et au trafic de drogues, et dans une évolution inquiétante, exploitent les cryptomonnaies et le financement décentralisé pour blanchir des trillions de dollars et les recycler, formant ainsi un cycle de financement malveillant qui alimente des plans terroristes transfrontaliers et intercontinentaux. Et cela ne s’arrête pas là ; ces réseaux gèrent des centres de fraudes massives qui fonctionnent comme des entités institutionnelles, évaporant les économies des individus et des institutions derrière les écrans numériques, menaçant ainsi la stabilité économique et sociale mondiale. Cette inflation qualitative et décentralisée des menaces impose une reconnaissance inévitable des limites du modèle ancien, où la coopération traditionnelle se concentrait principalement sur le « post-crime » (poursuite et contrôle). Ce nouveau contexte impose une transition vers une stratégie de « prévention » ; c’est-à-dire la dissuasion collective, considérée comme la seule approche capable d’affronter cette menace multiforme.
Cette dissuasion collective, comme elle sera illustrée lors du sommet d’Interpol à Marrakech, reconnaît que faire face à ces défis ne se fait pas uniquement par l’échange de dossiers sécuritaires et la mise à jour des avis rouges, mais nécessite la construction d’une force dissuasive unifiée et intelligente, capable de geler et de démanteler l’infrastructure de la criminalité électronique et financière dès ses phases de formation. Cette transformation nécessite qu’Interpol évolue d’une simple archive de personnes recherchées pour devenir un centre d’analyse prédictive et de coordination des forces mondiales, utilisant l’intelligence artificielle et l’analyse des big data pour cartographier les menaces à l’avance. Ce concept redéfinit entièrement le rôle de l’organisation, lui permettant de devenir un moteur d’opérations qui allie technologie avancée et volonté politique commune de tous les États membres, conférant à cette feuille de route un poids exécutif indiscutable dans la protection de la sécurité mondiale.
L’exécution de cette transformation radicale et vitale dans la feuille de route de Marrakech pour la sécurité mondiale repose principalement sur l’adoption stratégique d’outils technologiques et opérationnels innovants capables de briser les barrières bureaucratiques et de dépasser les limitations d’usage. Au cœur de ces outils se situe le rôle de l’intelligence artificielle, qui n’est plus considéré comme un luxe en matière de renseignement, mais plutôt comme une condition essentielle et incontournable pour une dissuasion efficace. Grâce à sa capacité supérieure à analyser rapidement les big data et les modèles de comportement criminel, l’intelligence artificielle engendrera une transformation qualitative dans les opérations d’Interpol, transformant sa base de données en une plateforme pour la police prédictive avancée. Ce système ne vise pas uniquement à faire correspondre les empreintes et les visages, mais va au-delà pour identifier les parcours potentiels des criminels, anticiper leurs mouvements avec une précision inégalée et déceler les schémas douteux dans les réseaux de financement avant qu’ils ne réussissent à camoufler leurs traces. En activant ces capacités avancées, Interpol et ses bureaux nationaux pourront émettre des alertes ayant une valeur opérationnelle directe et immédiate, ce qui réalise l’essence même de la dissuasion sécuritaire souhaitée.
Cet ambitieux défi technologique va de pair avec l’engagement du sommet à traiter la problématique de la corruption transfrontalière et à récupérer les actifs perdus qui alimentent la machine de la criminalité organisée. De là découle l’importance cruciale de discuter des résultats du projet pilote des avis argentés (Silver Notice). Cette procédure, conçue pour faciliter la coopération internationale renforcée dans le recouvrement des actifs et faire la lumière sur les fonds illicites, représente une étape décisive dans la stratégie économique de dissuasion. En asséchant le financement et en circonscrivant les profits illégaux, la criminalité organisée perd sa principale source de combustible et son pouvoir moteur.
Ce avis représente fondamentalement un message fort pour les corrompus et les criminels, leur signalant que le monde n’acceptera plus d’abris pour leurs fonds acquis de manière illégale, et il constitue une application concrète de la dissuasion financière. Afin que ces outils puissants ne restent pas lettre morte, la feuille de route de Marrakech insiste sur la nécessité d’unifier les capacités opérationnelles dans le cadre d’une « approche préventive » entre tous les États membres, pour garantir l’intégration de la chaîne de sécurité mondiale et combler toute faille que pourraient exploiter les réseaux criminels.
Cette ambition stratégique mondiale ne pourra réussir sans un soutien politique de haut niveau et une approche de sécurité globale adoptée par les nations leaders, et c’est ici que réside l’essence de la contribution du Royaume du Maroc à la formulation de l’équation de la stabilité régionale et internationale. Cette contribution se traduit par l’activation d’une diplomatie de sécurité_active et influente, transformant l’efficacité interne en pouvoir d’attraction sur la scène internationale.
En parallèle aux préparatifs du 93e session de l’Assemblée générale à Marrakech, le leadership sécuritaire du Royaume se concrétise par une nouvelle initiative ; Interpol a annoncé son intention d’ouvrir un centre de formation de police de haut niveau à Ifrane. Cette initiative, annoncée par le président d’Interpol, le général Ahmed Nasser al-Raisi, lors d’une conférence de presse préparatoire, affirme la position du Maroc en tant que pôle régional clé pour la formation en sécurité, notamment en Afrique. Al-Raisi a souligné que le nouveau centre, construit selon des normes internationales avancées, accueillera des programmes de formation et des ateliers pratiques avec la participation d’experts et de partenaires internationaux, devenant ainsi un ajout stratégique pour approfondir la coopération sécuritaire et renforcer les capacités policières sur le continent, au service des objectifs de la feuille de route de Marrakech en matière de construction d’une force de dissuasion collective et intelligente.
Le succès du Maroc à accueillir cette session décisive, couronnée par la remise du drapeau de l’organisation à Glasgow, annonçant l’accueil de la 93e Assemblée générale d’Interpol à Marrakech, ne peut être dissocié de la haute vision royale de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a transformé le Maroc d’un simple consommateur de sécurité à un partenaire international et un producteur majeur dans ce domaine, soutenu par une stratégie préventive basée sur une perspective profonde. Cette vision incarne un modèle unique connu sous le nom de « l’approche sécuritaire marocaine globale ».
Cette approche, qui a démontré une efficacité exceptionnelle dans la lutte contre le terrorisme en particulier, repose sur des bases solides, dont l’engagement ferme envers les valeurs constitutionnelles, le choix démocratique et le respect des droits humains, ce qui lui confère légitimité et crédibilité internationales. Le Royaume a ainsi posé un nouveau modèle de sécurité en bâtissant une intelligence sécuritaire collective innovante, déplaçant la sécurité d’une simple question de contrôle ou de technique vers une fabrication stratégique globale.
Cette approche est dynamique et flexible, alliant la dimension préventive de renseignement approfondi et la coopération régionale et internationale selon le principe du « Sud-Sud », faisant du Maroc une école africaine de premier plan dans le domaine des sciences sécuritaires sous toutes ses spécialités. L’expérience marocaine en matière de police prédictive, grâce à son succès à neutraliser les menaces avant leur apparition, est devenue un modèle mondial en termes d’efficacité et de professionnalisme. Cela a renforcé la position du Royaume comme un pôle stabilisateur majeur, et en reconnaissance de ce leadership, le Maroc a été élu vice-président d’Interpol pour le continent africain, faisant du Maroc la plateforme idéale pour lancer une stratégie de dissuasion collective.
Le sommet de Marrakech sur la sécurité est un reflet direct du succès de la diplomatie sécuritaire marocaine dans la mise en œuvre de cette vision royale. Cette diplomatie ne se limite pas à l’échange d’informations, mais représente un investissement stratégique dans les relations bilatérales et multilatérales, constituant un outil efficace pour structurer les positions internationales et unifier les efforts face aux menaces. Ce succès reconnaît le rôle stratégique et efficace de Monsieur Abdelatif Hammouchi (Directeur général de la sûreté nationale et de la surveillance du territoire), dont la gestion rigoureuse, grâce aux directives royales et à la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a permis de bâtir un appareil sécuritaire moderne et intégré, bénéficiant des plus hauts niveaux d’efficacité, de professionnalisme et de capacité préventive, pour constituer une pierre angulaire dans la sauvegarde de la stabilité nationale et régionale. Il détient la capacité d’une action préventive sur le plan local en raison de cette profonde vision, tout en offrant expertise et efficacité à l’international grâce à l’ouverture stratégique que sa diplomatie de sécurité a traduite en partenariats opérationnels contraignants.
Cela a fait de lui un partenaire fiable et pionnier, capable de conduire l’unification des stratégies sécuritaires entre le Nord et le Sud, tout en sécurisant l’espace sécuritaire africain à travers ses extensions atlantiques. Aujourd’hui, le Maroc, en tant que pont vital entre les continents et centre de gravité en matière de sécurité, offre à Interpol un modèle concret sur la façon de transformer les menaces transfrontalières en opportunités stratégiques pour approfondir la solidarité sécuritaire internationale.
Les décisions stratégiques qui seront prises sur le sol de Marrakech ne sont pas de simples mises à jour procédurales, mais un changement conceptuel radical et un nouvel engagement à garantir la sécurité mondiale. La 93e Assemblée générale représente aujourd’hui un moment de vérité et une opportunité décisive pour qu’Interpol reconstruise la confiance des gouvernements et des communautés dans sa capacité à protéger, par une transition effective d’un simple mécanisme d’échange d’informations à une force de dissuasion préventive et unifiée. L’enjeu est colossal, et l’avenir de l’organisation dépend de la volonté des plus hautes instances sécuritaires, représentées par les 25 ministres et 82 chefs de police présents. Cette rencontre impose un engagement total à fournir les ressources nécessaires et à privilégier l’intérêt sécuritaire mondial, en adoptant notamment des technologies avancées et l’intelligence artificielle pour renforcer les capacités de dissuasion.




