L’art de la Daqa Rodaniya : un héritage historique authentique

Le genre « dakka roudani » est l’un des éléments les plus marquants du patrimoine de la ville de Taroudant. Ce style rythmique authentique a su maintenir sa présence lors de diverses occasions religieuses et sociales, affirmant ainsi la richesse du patrimoine culturel local et sa capacité à se transmettre de génération en génération.
L’origine de l’art de la dakka roudani remonte au XVIe siècle, émergent pour la première fois dans la ville de Taroudant, qui a toujours été caractérisée par un esprit de coexistence et de partage entre les différentes composantes de la société, tout en respectant les us et coutumes transmises. Dès ses débuts, cette forme artistique a été associée aux artisans, qui en ont fait un rituel festif reflétant des valeurs de solidarité et de joie collective.
Au fil de l’histoire, la dakka roudani a connu son apogée grâce au développement de l’agriculture, de l’industrie et des métiers traditionnels, avant d’entrer dans des périodes de stagnation en raison des guerres, de la sécheresse et du recul des activités économiques. Cela a poussé de nombreux habitants de Taroudant à émigrer vers Marrakech, où ces traditions ont perduré et se sont ravivées, notamment durant les célébrations de l’Achoura, devenant ainsi une composante essentielle du patrimoine populaire marocain.
Cette forme d’art collectif repose essentiellement sur le rythme, à travers des instruments traditionnels tels que le « tars » (un grand tambour qui donne le tempo) et le « kour » (un tambour plus petit qui offre des rythmes harmonieux), sans oublier les « bendirs » et « taârijs » qui apportent force et harmonie à la performance. Celle-ci est accompagnée de chants collectifs célébrant les louanges prophétiques et des poèmes populaires, interprétés dans des cercles rassemblant des dizaines de chanteurs et de musiciens.
La dakka ne se limite pas seulement à son aspect artistique, mais va au-delà en véhiculant un message symbolique cherchant à réaliser l’harmonie entre la réalité quotidienne de l’homme et son expérience spirituelle, à travers une redécouverte des valeurs authentiques et des principes de solidarité dans une ambiance de joie et d’allégresse.
Elle représente également un rituel festif ancien s’étendant du premier au neuvième jour du mois de Muharram, où les instrumentistes parcourent les quartiers de la ville pour y diffuser l’ambiance festive. Le « frahja » en est une extension, mais se distingue par un son plus fort et une décoration spécifique, ainsi que par l’accompagnement de chants populaires et de motifs décoratifs, surtout lors d’événements tels que l’Achoura et l’Aïd al-Adha, faisant de cette célébration un véritable festival populaire incarnant l’esprit communautaire et mêlant art et simplicité.
Dans une déclaration à l’Agence Maghreb Arabe Presse, Abdelatif Makiss, président de l’Association des murs pour la dakka roudani et les arts populaires, a affirmé que l’association a été fondée en 2013 par un groupe de jeunes passionnés par cet art authentique, afin de préserver ce patrimoine ancestral et de le protéger de l’oubli.
Il a expliqué que l’art de la dakka est étroitement lié à l’histoire de la ville de Taroudant, soulignant que « la dakka et Taroudant ont une histoire commune ». L’association tient également à célébrer les différentes occasions marquant cet art, telles que les festivités de « Chaabana », « Achoura » et « l’anniversaire de la naissance du Prophète », ainsi que les fêtes religieuses et nationales.
Il a ajouté que l’association organise également ce qu’on appelle des « jmaâiyates », qui sont des rencontres hebdomadaires ou bimensuelles se tenant chaque vendredi, où les amateurs de cet art traditionnel se rassemblent, contribuant à en renforcer la visibilité et à en assurer la pérennité parmi les nouvelles générations.
Le style de la dakka roudani se divise en trois sections principales : la première est « Knaoui Afsou », reposant sur l’utilisation de « taârijs » et de « bendirs », la seconde, « Ayit », se compose de vers dédiés à la ville de Taroudant et à ses saints et pieux, tandis que la troisième et dernière section se clôt par « Krejia », une forme artistique de poème mélodique dépendant exclusivement des « taârijs », sans recourir aux autres instruments.
De son côté, Abdelrahim Kachoul, artiste et observateur de la scène musicale traditionnelle roudani, a souligné dans une déclaration similaire que l’art de la dakka roudani est l’un des arts les plus anciens de Taroudant, formant l’axe central et le pilier de la musique et du patrimoine de la ville. Il a également noté que cet art est présent lors de toutes les occasions, qu’elles soient religieuses ou nationales.
Il a mis en avant que la dakka est reconnue tant au niveau local, national qu’international, affirmant qu’elle fait partie intégrante du patrimoine roudani et représente l’essence de la culture musicale de la ville.
Les acteurs du domaine patrimonial s’accordent à dire que l’art de la dakka roudani ne se limite pas à son aspect artistique, mais véhicule également un message social et spirituel, visant à promouvoir des valeurs de solidarité et d’identité culturelle, tout en transmettant cet héritage aux générations futures.
Ce genre rythmique, avec ses diverses sections et instruments traditionnels, demeure un témoin vivant de la profondeur du patrimoine artistique de la ville de Taroudant, et une source essentielle d’animation des festivals et des célébrations populaires qui allient art et esprit collectif.




