Société

101 000 enfants continuent d’exercer une activité économique au Maroc malgré une diminution de 80 % de ce phénomène.

Le Conseil économique, social et environnemental a appelé, dans un avis présenté ce mercredi à Rabat, à l’adoption d’une politique publique efficace pour mettre fin au travail des enfants au Maroc, basée sur le principe de « tolérance zéro » envers le travail des mineurs de moins de 16 ans.

Le président du Conseil, Abdelkader Amara, a affirmé lors d’une rencontre dédiée à la présentation des résultats de l’avis du Conseil sur le thème « Pour une politique publique efficace contre le travail des enfants au Maroc » que le Royaume a réalisé des progrès significatifs en matière de protection de l’enfance et de promotion des droits des enfants, grâce à des réformes législatives, institutionnelles et stratégiques continues, sous les hautes orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Il a souligné que, dans ce contexte, le nombre d’enfants âgés de 7 à 17 ans exerçant une activité économique a diminué, passant de 517 000 enfants en 1999 à environ 101 000 enfants en 2024, soit une baisse de plus de 80 %. Cependant, il a noté que certaines formes de travail des enfants persistent, notamment les travaux dangereux, le travail domestique, la mendicité organisée et certaines formes d’exploitation.

M. Amara a noté que la pérennité de ce phénomène est intrinsèquement liée à plusieurs facteurs socio-économiques, en tête desquels la vulnérabilité de certaines familles, les obstacles rencontrés dans les parcours éducatifs des enfants, ainsi que l’extension de l’économie informelle.

Il a également attiré l’attention sur les résultats de la consultation citoyenne menée par le Conseil sur sa plateforme numérique « Je participe », qui a enregistré 1 540 réponses, confirmant le besoin urgent d’un soutien ciblé pour les familles économiquement vulnérables afin de lutter efficacement contre ce fléau.

Dans ce cadre, M. Amara a mis en avant la signature d’un accord-cadre de partenariat et de coopération, le 30 mars dernier, entre le Conseil économique, social et environnemental et l’Observatoire national des droits de l’enfant, visant à établir un cadre institutionnel permanent de coordination et de coopération entre les deux institutions, pour renforcer la protection de l’enfance et les droits des enfants.

De son côté, Karima Makika, rapporteuse sur le sujet et membre du Conseil, a précisé lors de la présentation des principales conclusions de cet avis que 87 % des enfants concernés par le travail sont déscolarisés, tandis que 70 % d’entre eux exercent une activité dans le secteur agricole en milieu rural.

Elle a également mis en garde contre la traite des êtres humains, qu’elle a qualifiée de la pire forme d’exploitation des enfants, soulignant qu’en 2025, 102 affaires de ce type ont été enregistrées au niveau national, faisant état de l’identification de 93 mineurs parmi les victimes.

Dans ce contexte, elle a présenté la vision du Conseil, reposant sur cinq axes principaux : renforcer les mécanismes de gouvernance et de suivi territorial, appliquer réellement les lois et élargir leur champ d’application, soutenir socialement les familles vulnérables, établir des liens entre l’éducation, la formation et l’insertion professionnelle des jeunes, ainsi que mobiliser tous les intervenants dans un cadre de responsabilité partagée.

Le Conseil recommande, à travers cette auto-saisine, d’augmenter l’âge minimum légal d’accès au travail à 16 ans, de renforcer et de moderniser l’inspection du travail en adoptant des techniques d’analyse de données, de soutenir les familles en situation de vulnérabilité en le reliant à la régularité scolaire des enfants, ainsi que d’établir un statut particulier pour les jeunes stagiaires de 16 à 18 ans leur garantissant un cadre juridique clair, une protection sociale effective et une formation de qualité.

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