La saga du stade Ibn Amssik : de la protection royale à la fermeture injustifiée.

Ismaïl Boukacem
L’histoire du stade Ibn Amssik : de la haute protection royale à la fermeture aléatoire…
Dans l’une des plus étranges paradoxes que connaît la ville de Casablanca, le stade Ibn Amssik de football se dresse fièrement, silencieux face à un abandon qui ne peut être qualifié que de meurtrier.
Ce complexe sportif a été construit sur un terrain de 1,4 hectare avec un investissement total de 7,4 millions de dirhams. Il a eu l’honneur d’être inauguré par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, concrétisant ainsi la politique de proximité sociale que Son Majesté adopte pour développer les talents sportifs des enfants et des jeunes, et lutter contre la déviance tout en favorisant l’intégration socio-sportive de la population ciblée.
Il est regrettable que cette infrastructure, qui comprend un terrain de football en gazon synthétique, deux terrains de basket, un espace dédié à la pétanque, un espace d’entraînement, des gradins pouvant accueillir 350 personnes, ainsi que des vestiaires pour les joueurs et les arbitres, se transforme en une prison verte. Son sol est renouvelé régulièrement avec du gazon synthétique de haute qualité, tandis que ses portes demeurent fermées aux enfants et aux jeunes de la région et à leurs équipes sportives. Plus paradoxal encore, cette fermeture se fait avec l’aval d’une entité électorale multiforme.
L’histoire du stade Ibn Amssik a parcouru un long chemin, commencé avec un grand rêve validé par le Conseil de la commune d’Ibn Amssik, présidé par M. Mustafa Sabik. À l’époque, il avait bénéficié de la bénédiction de la haute protection royale avec la pose de la première pierre par Sa Majesté le Roi, devenant ainsi un espoir pour les enfants et les jeunes d’une région dense et avide d’infrastructures sportives.
Les travaux pour la construction du stade se sont poursuivis sous la présidence de Mohamed Akeef, surnommé « le fils de Cherif », avant que le président actuel, Mohamed Joudar, ne prenne en charge la rénovation des gradins et l’installation de son gazon synthétique, en partenariat avec l’Initiative nationale pour le développement humain, le Conseil de la région de Casablanca-Settat et le Conseil de l’arrondissement de Casablanca, pour être inauguré officiellement le jeudi 11 février 2016.
Malheureusement, le rêve s’est mué en cauchemar. Dès que le gazon a été installé et que les gradins (malgré leurs défauts) ont été érigés, le stade n’a pas ouvert ses portes pour accueillir talents et énergies sportives. Il a été l’objet d’une fermeture forcée pendant toute la durée de la présidence de Mohamed Joudar au district, qui porte la responsabilité de développer le football national et occupe un poste élevé dans son hiérarchie, en tant que deuxième vice-président de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football. Cette situation prive donc la région d’un espace sportif vital.
Ce qui est encore plus ironique, c’est que le gazon synthétique du stade est renouvelé avec de l’argent prélevé sur le budget des contribuables, chaque fois pour une surface qui n’est foulée par aucun joueur, et où les cris des supporters ne résonnent plus… À qui profite ce gazon renouvelé ? Est-il destiné à des fantômes ? Les équipes de quartier, qui voyaient en cet équipement une chance de s’entraîner et d’exceller, se retrouvent contraintes de dessiner leurs terrains dans les rues, les ruelles et les espaces vacants, tandis que le stade officiel n’est qu’un décor fade et un témoin aux promesses non tenues et aux politiques échouées. Cet abandon est une moquerie vis-à-vis d’une vision royale au service de l’émancipation des jeunes et de la création d’infrastructures pour eux, transformant un projet prometteur en simple « décor électoral » et en bâtiment abandonné, réduisant ainsi une initiative noble à néant et faisant mourir un rêve censé changer la réalité de la région.
Les projets royaux sont-ils devenus, aux yeux de certains responsables, de simples occasions pour prendre des photos plutôt qu’un engagement à protéger ? La fermeture de ce stade durant des années dans ce quartier populaire densément peuplé n’est pas simplement une mauvaise gestion, mais constitue une « injustice sociale » complète. Chaque jour qui passe sans que ce stade ne soit ouvert, nous abandonnons nos jeunes à la rue, au vide, et à la délinquance.
C’est un assassinat systématique des talents dès leur origine, un encouragement direct au désespoir des jeunes talents. Quand un jeune prometteur voit le stade fermer ses portes devant lui pendant que sa surface est renouvelée pour des fantômes, nous tuons en lui l’esprit d’appartenance et de citoyenneté. Ce n’est pas seulement une négligence, mais un profond manquement à l’engagement et une destruction du capital humain de la région.
Ce dénigrement délibéré reflète-t-il leur vision du développement du football national, qui devrait commencer dans les quartiers populaires ? N’est-il pas temps de lever ce blocus sur le stade Ibn Amssik, et de redonner vie à une infrastructure sportive qui était initialement liée à la haute protection royale, avant qu’elle ne soit ensevelie sous l’indifférence et l’oubli ?
Les habitants d’Ibn Amssik ne demandent pas l’impossible, ils exigent simplement l’ouverture des portes de leur stade, qui s’est transformé d’une vision royale en témoin d’un douloureux paradoxe administratif.