Sport

Les autorités algériennes abandonnent-elles leurs citoyens en les laissant sur les trottoirs de Rabat ?

Abdelhak Hakki

Ce qui s’est passé à Rabat n’est pas un incident isolé ni un détail marginal dans le domaine du sport, mais résulte directement de politiques négligentes et d’approches irresponsables adoptées par les autorités algériennes envers leurs citoyens. Des supporters sont partis par passion pour le football, mais sont revenus—ou auraient pu revenir—experts en précarité, dormant à la belle étoile, s’enveloppant dans leurs drapeaux, après avoir été abandonnés par les instances censées les protéger et encadrer leur voyage.
Les autorités algériennes, qui excellent dans le discours mobilisateur lorsqu’il s’agit de surenchères politiques, ont échoué de manière désastreuse dans leurs obligations les plus élémentaires : planification préalable, coordination consulaire, fourniture d’informations précises sur l’entrée, le séjour et la circulation, et mise en place de solutions alternatives en cas d’urgence. Elles ont laissé leurs citoyens faire face à l’inconnu, dépourvus de documents adéquats, sans réservations claires et sans filet de sécurité institutionnel. Lorsque la crise a éclaté, elles ont choisi le silence ou les justifications plutôt que l’action urgente.
Il n’est pas acceptable de faire reposer la responsabilité sur le pays hôte, ni d’exploiter ce contexte humain pour des campagnes de provocation. La responsabilité ici est avant tout politique et administrative.

Qui a incité les foules à voyager ? Qui a facilité leur départ sans garanties ? Qui a négligé d’accompagner les missions de supporters connaissant d’avance les sensibilité du transport de masse ?

Des questions essentielles mettent en lumière un dysfonctionnement structurel dans la gestion des affaires publiques, où le citoyen est convoqué comme carburant pour le discours, mais abandonné lorsqu’il est confronté à l’adversité.
Plus grave encore, cette négligence nuit non seulement à l’image de l’État, mais expose sa vision de ses citoyens : des outils pour le rassemblement symbolique, sans droits ni protection.

Un État qui ne fournit pas à ses citoyens un abri temporaire, un passage sûr ou un consulat efficace en cas de besoin abandonne pratiquement son contrat social. Ce qui s’est passé à Rabat en est une preuve éclatante.
Cette critique n’est ni de la malveillance ni de la provocation, mais un appel à une responsabilité politique claire. Il est urgent de reconnaître l’erreur, de mener une enquête administrative transparente et de mettre en place des mesures immédiates pour ne pas répéter la catastrophe : organisation des voyages de masse, encadrement obligatoire, plans d’urgence consulaires, et communication constante avec le pays hôte.

Se limiter à gérer la crise médiatiquement, ou à transférer la responsabilité au-delà des frontières, n’augmentera que la vulnérabilité des citoyens lors des prochains déplacements.
Les pavés froids ont révélé une réalité chaleureuse mais douloureuse : lorsque l’État disparaît, le citoyen en paye le prix.

Tant que les autorités algériennes ne corrigeront pas ce dysfonctionnement structurel, ses supporters—et ses citoyens en général—resteront davantage proches du précariat administratif que de la protection politique, même en arborant les drapeaux de leur pays sur les épaules.

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