8 mars… Danser sur des blessures ?

Par : Ismail Boukassem
Comment la musique des célébrations peut-elle résonner, alors que les gémissements venant de l’est et d’ailleurs ne cessent de s’intensifier ? En ce huit mars, le tableau est écœurant. D’un côté, des fleurs sont distribuées, tandis que de l’autre, les larmes se mêlent au sang et les blessures s’agrandissent. Quel sens a la fête des femmes et des mères pour celles qui vivent l’amertume en Irak, en Ukraine, et au Somaliland, qui continue de souffrir de l’exclusion ? Quelle résonance peuvent avoir nos félicitations quand, en Syrie, la douleur de la sœur est si profonde qu’elle ne cicatrise pas ?
Derrière le brillant des slogans et la magie des célébrations de la Journée internationale de la femme, se dessine une dure réalité qui expose le monde arabe et international : la femme ne cherche aujourd’hui pas une rose, mais une patrie et une sécurité. Du saignement de l’âme en Palestine à la désillusion des rêves sur les frontières des nations, la cartographie de la « féminité » semble alourdie par les cicatrices.
C’est une douloureuse contradiction : la jeune fille en Palestine est blessée, résistant à l’exposition, tandis que les femmes errent aux frontières à la recherche d’une sécurité perdue. D’Afghanistan, fermé, au Yémen et en Libye, jusqu’à nos campagnes arabes oubliées d’un bout à l’autre… la souffrance se multiplie et se creuse, tandis qu’un long silence s’installe.
Entre le déni de droits dans les pays arabes, le mépris dans les pays étrangers, et les conflits qui déchirent le corps du monde, la célébration devient un luxe que seuls ceux qui ont conscience des choses peuvent se permettre. L’appel à la responsabilité morale impose de transformer les scènes de célébration en places de protestation, en réaction à une réalité qui déçoit la mère, la sœur, la fille et l’épouse, dans chaque vallée profonde. Avons-nous le droit, nous, Arabes et étrangers, de célébrer alors que la douleur s’étend dans toutes les campagnes arabes ?
Ainsi, que cet hommage à la femme soit aujourd’hui une protestation et non une célébration, une excuse pour le silence qui dépasse celui des cimetières et la quiétude qui s’étend comme le calme des montagnes, pas une simple fête de courtoisie.
Je vous prie de m’excuser, madame… Je ne célébrerai pas avec vous, car votre blessure est plus grande qu’un bouquet de fleurs.




