Economie

La patronat sans concurrence : quand l’élection se transforme en nomination.

Dans une scène qui illustre une véritable crise de la pratique démocratique au sein de la plus grande organisation représentant les employeurs au Maroc, Mehdi Tajani a été élu président de l’Union générale des entreprises du Maroc, succédant à Chakib Laaraj, mais sans aucune concurrence notable, avec un seul candidat pour le poste, s’apparentant davantage à une « nomination déguisée » qu’à une élection qui devrait refléter l’esprit de la pluralité et de la concurrence.

Malgré une rhétorique d’unanimité ayant accompagné l’assemblée générale élective, et bien que le duo Mehdi Tajani et Mohamed Bachiri ait obtenu plus de 91 % des voix, la question fondamentale qui se pose avec insistance est : où est la démocratie au sein du patronat marocain si le plus grand poste représentatif du secteur privé est décidé à l’avance en l’absence de tout concurrent ou projet alternatif ?

L’absence de concurrence ne peut pas être considérée comme un simple détail organisationnel, mais comme un indicateur inquiétant sur la nature des équilibres qui régissent l’Union générale des entreprises du Maroc. Il semble que la logique des consensus fermés et des arrangements en coulisses soit devenue prédominante sur le principe de la rotation démocratique libre.

Lorsqu’une seule personne se présente pour succéder à un ancien président, le processus perd son sens politique et institutionnel, et se transforme en une simple formalité pour légitimer une décision déjà prise.

Il est paradoxal que l’union, qui se présente comme un défenseur de la bonne gouvernance, de la transparence et de l’égalité des chances dans le monde des affaires, n’ait pas été en mesure de proposer un modèle démocratique interne qui soit en accord avec ces slogans.

Comment une institution qui appelle à la libre concurrence dans l’économie peut-elle accepter le principe du « candidat unique » dans la gestion de ses affaires internes ?

Personne ne remet en question les compétences de Mehdi Tajani ou son parcours professionnel, mais le problème ne réside pas dans les individus, autant que dans la méthode. La démocratie ne se mesure pas aux noms, mais par la présence d’un véritable choix et l’ouverture de l’espace à des visions multiples et des programmes différents qui peuvent convaincre les membres.

Ce qui s’est passé au sein de l’Union générale des entreprises du Maroc reflète, hélas, une culture profondément enracinée dans de nombreuses institutions marocaines, où les élites sont produites par des consensus restreints plutôt que par des urnes de compétition réelle, ce qui affaiblit la confiance dans les institutions et rend le discours sur la modernisation et la démocratie de simples slogans de consommation.

Aujourd’hui, plus que jamais, le patronat marocain a besoin d’un nouvel élan démocratique, qui lie responsabilité à reddition de comptes, et ouvre la voie à une véritable alternance du leadership, plutôt que de reproduire les mêmes cercles fermés sous le couvert de l’ « unanimité ».

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