Au féminin

Des poils de chameau à la mémoire du désert : les femmes de Tan-Tan tissent la tente hassanie avec les fils du patrimoine

Sous le ciel étendu du désert, où les troupeaux de chameaux dessinent les contours de l’horizon et où la tente évoque la mémoire du voyage et la spécificité de la vie des habitants du désert, la tente hassanie conserve sa place en tant que l’un des symboles les plus marquants du patrimoine culturel des provinces du sud du royaume. Elle n’est pas simplement un abri, mais un reflet d’un style de vie transmis de génération en génération et d’un artisanat traditionnel préservé à travers le temps.

Au cœur de ce patrimoine se distingue le “flij”, ce tissu traditionnel qui constitue la pierre angulaire de la fabrication de la tente désertique. À TanTan, des femmes artisanes continuent de préserver cet héritage en maintenant des techniques anciennes qui transforment des matières premières simples, issues du désert, en un produit riche de significations culturelles et civilisationnelles.

La fabrication du flij débute dans les ateliers de la coopérative “Dar al-Flij” bien avant le montage de la tente. La matière première est acquise auprès des éleveurs et des bergers de la région, où la laine est rassemblée et soigneusement triée avant d’entamer les différentes phases de fabrication.

À ce sujet, la présidente de la coopérative, Houria Bouasria, a expliqué que le processus de fabrication se déroule en plusieurs étapes successives, commençant par le nettoyage de la laine des impuretés et son tri selon la qualité et la couleur, avant d’être soumise aux opérations de préparation, de filage et de torsion selon des méthodes traditionnelles héritées des mères et des grands-mères.

Elle a ajouté que la laine de chameau constitue un élément essentiel dans la fabrication du flij, car elle fait partie des composants du tissu et lui confère ses caractéristiques distinctives, la rendant indispensable à l’artisanat lié à la tente hassanie.

Au fur et à mesure des étapes de travail, les fibres se transforment progressivement en fils solides, puis en bandes de tissu appelées “flij”, qui sont les unités fondamentales assemblées et cousues pour former la tente. Derrière chaque tente se cachent de longues heures de travail minutieux, réalisé par des femmes expérimentées qui veillent à la continuité de cet héritage culturel. Entre les fils du tissu et les outils de couture traditionnels, un artisanat se renouvelle, lié à travers les siècles à l’histoire et à la vie quotidienne de la communauté hassanie.

Une fois que les bandes de flij sont tissées, elles sont rassemblées et cousues pour former la tente, dont le nombre de pièces varie en fonction de la taille souhaitée, allant de onze à seize pièces ou plus, selon la longueur et la largeur désirées.

Les artisanes estiment que la tente n’est pas uniquement un produit traditionnel, mais un enregistrement vivant de la mémoire de la steppe désertique, un témoin d’un mode de vie associé aux déplacements à travers les vastes espaces du désert.

Bouasria a affirmé que les méthodes de fabrication des tentes ont su conserver leur authenticité malgré le passage des générations, soulignant que cet héritage continue d’être transmis de génération en génération grâce aux femmes qui s’attachent à cet artisanat.

Au fil des décennies, la tente a constitué le principal habitat des nomades, se distinguant par sa capacité à s’adapter aux conditions climatiques extrêmes, offrant fraîcheur en période de chaleur intense et chaleur lors des temps froids, tout en résistant aux rigueurs de la nature désertique.

Bien que son utilisation quotidienne ait diminué avec la propagation des styles de logement modernes, la tente est encore présente dans les festivals culturels et les événements et célébrations patrimoniales qui célèbrent l’identité hassanie, demeurant un symbole illustrant le lien des habitants de la région avec leur environnement.

Ce regain d’intérêt contribue à soutenir les efforts visant à préserver cet héritage immatériel, à travers le travail continu des coopératives spécialisées dans la fabrication du flij pour transmettre les connaissances et les compétences aux générations montantes. Ainsi, les doigts des femmes de TanTan continuent de transformer la laine de chameau en tissu, et le tissu en tente, préservant ainsi l’un des plus précieux trésors du patrimoine hassanie et sa mémoire vivante.

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