La narration féminine marocaine à travers les langues du monde à Tétouan : questions d’identité et de mémoire au cœur du débat critique.

La faculté des lettres et des sciences humaines de Tétouan a accueilli, le 13 mai 2026, la troisième conférence de la série “La narration féminine marocaine dans les langues du monde”, organisée par le laboratoire des narrations et des discours culturels de la faculté des lettres de Benmsik, en partenariat avec le groupe de recherche sur les représentations linguistiques, technologiques et sociales de l’École supérieure des enseignants, le groupe de recherche sur la création féminine de la faculté des lettres de Tétouan, et l’Association marocaine pour le service de la langue arabe.
Cette conférence, qui s’est tenue dans la salle Mohammed Kettani, a constitué une nouvelle étape académique pour poursuivre le débat sur les expériences de la narration féminine marocaine écrite dans plusieurs langues, en examinant les œuvres de plusieurs romancières marocaines, parmi lesquelles Saad Nasir, Zubaida Harmas, Saida Taki, Aïcha Lmrani Alaoui, Soumya Boughafria, Samira Maraki, Zahra Ghalbi, et Fatira Marshid.
Lors de la séance d’ouverture, la chercheuse et romancière Saad Nasir a souligné l’importance de ces initiatives scientifiques pour suivre les transformations de l’écriture féminine marocaine et mettre en lumière la diversité de ses expériences et ses interrogations intellectuelles et esthétiques. La vice-Doyenne de la faculté des lettres de Tétouan, Nasrine Ben Idriss, a également salué le partenariat entre les différents laboratoires et groupes de recherche, considérant que de telles rencontres contribuent à enrichir la recherche scientifique et à s’ouvrir aux questions de la littérature et de la culture.
De son côté, la chercheuse Saad Miskine a insisté sur la nécessité de développer des outils critiques spécifiques pour aborder les textes narratifs féminins, prenant en compte les particularités de l’écriture féminine et s’éloignant des concepts narratifs classiques prédéfinis.
Les séances scientifiques ont vu la présentation d’un ensemble de lectures critiques qui ont exploré les œuvres des romancières participantes sous divers angles, portant sur les questions d’identité, de mémoire, de pouvoir, d’exil et de féminisme symbolique, ainsi que sur les représentations du corps et de la subjectivité féminine dans l’imaginaire narratif.
Dans ce contexte, Asma Raisouni a abordé la “philosophie de la mort” dans le roman “Qab Qawsayn Aw Adna” de Saad Nasir, considérant que le roman soulève la question de la peur de la mort à travers une vision qui marie foi et éthique. Jamila Rzouki a proposé une lecture du roman “Révolution rose” de Zubaida Harmas, mettant en exergue la présence du rêve féminin dans un monde empreint de paix et de justice.
D’autres interventions ont traité des questions de fertilité et de renaissance dans le roman “Ani Wadatuha Untha” de Saida Taki, de la mémoire féminine dans “Droub Casablanca” d’Aïcha Lmrani Alaoui, en plus des manifestations du féminisme symbolique dans “Nahr Asbabya” de Soumya Boughafria, et de la stratégie du dévoilement et de la confession dans “Al-Mulhimat” de Fatira Marshid.
Une intervention a également été consacrée à la littérature féminine écrite en amazigh à travers le roman “Tazrit n wesru” de Samira Maraki, ainsi qu’à une lecture du roman “Voyage au ventre du dragon” de Zahra Ghalbi, qui a discuté des représentations de l’exil féminin entre le Maroc et la Chine.
Les travaux de la conférence se sont conclus par la présentation du livre “La narration féminine arabe : mémoire et esthétiques de la représentation de soi”, récemment publié par les Éditions des Narrations, qui contient vingt études critiques sur le roman féminin arabe contemporain.
La conférence a suscité un débat scientifique riche, avec la participation d’étudiants et de chercheurs intéressés par la littérature féminine, abordant un certain nombre de questions liées à la place de la narration féminine dans le paysage critique arabe, ainsi que les transformations de l’écriture féminine marocaine en relation avec la langue, l’identité, les questions de soi et de société.




