Sport

Finale de la Coupe d’Afrique au Maroc : quand la légitimité du résultat entre en conflit avec l’intégrité de la compétition

Dre Lamiaa Khaloufi, chercheuse en droit public et sciences politiques

Le débat autour de la finale de la dernière Coupe d’Afrique des Nations n’est plus simplement un échange sportif sur la victoire et la défaite, mais s’est transformé en un enjeu juridique et éthique touchant au cœur de l’intégrité compétitive dans le football africain. Les faits qui ont précédé et entouré le match décisif, tels que les menaces de retrait, le désordre lors de la rencontre, la perte de contrôle sur le banc de touche et la pression exercée sur le corps arbitral, ne peuvent être qualifiés de tensions sportives passagères, mais d’actes ayant un impact juridique direct sur la crédibilité de la compétition.

Selon l’article 5 des règles du jeu de football émises par l’International Football Association Board (IFAB), l’arbitre est l’autorité suprême sur le terrain, et ses décisions doivent être prises de manière totalement indépendante, sans aucune pression ni influence extérieure. Toute tentative d’influencer ces décisions, en particulier lors d’une finale, constitue une atteinte manifeste à la légitimité de l’arbitrage et au principe d’égalité des chances.

De plus, l’article 12 des mêmes règles (règles du jeu de football – IFAB) considère le comportement antisportif, les protestations inappropriées et les tentatives d’influence sur l’arbitre comme des fautes graves passibles de sanctions, en raison de leur impact direct sur l’intégrité du match. Par ailleurs, l’article 2 du code disciplinaire de la Confédération africaine de football (CAF) souligne l’obligation pour toutes les parties de respecter les principes d’intégrité, d’esprit sportif et de jeu équitable.

Ces principes ne relèvent pas de simples recommandations éthiques, mais constituent des règles juridiques contraignantes, dont la violation entraîne des sanctions disciplinaires.

Il est intrigant de noter que la position du Maroc, tant sur le plan officiel que populaire, ne vise pas à revendiquer le titre, malgré les avenues légales que cela pourrait ouvrir.

Dans le même contexte, l’article 6 du code disciplinaire de la CAF établit le principe de responsabilité, stipulant que les fédérations et équipes doivent répondre des actions de leurs joueurs, de leurs cadres techniques et administratifs, dès lors qu’il est prouvé que ces actions ont eu un impact sur le bon déroulement du match, empêchant ainsi de limiter la responsabilité à des individus isolés.

L’article 14 de ce code considère également que les comportements antisportifs, tels que les menaces de retrait, le désordre durant le match ou la création d’une atmosphère de pression et de chaos, engendrent des devoirs de responsabilité disciplinaire, car ils portent atteinte au principe d’égalité des chances, en particulier lors d’un match final censé refléter les plus hauts standards de discipline.

En ce qui concerne l’organisation, aucune contestation juridique n’est soulevée à ce niveau, puisque le Maroc a respecté toutes ses obligations organisationnelles selon les cahiers des charges approuvés par la CAF, sans qu’aucun recours officiel n’ait été enregistré concernant la validité de l’organisation, ce qui impose une distinction juridique claire entre la responsabilité de l’organisateur et celle des comportements sur le terrain.

Il est fascinant de constater que la position marocaine, tant au niveau officiel qu’auprès du public, ne cherche pas à revendiquer le titre, malgré les possibilités légales que cela pourrait offrir, mais refuse un couronnement jugé par de nombreux Marocains comme résultant d’un match ayant perdu ses garanties d’intégrité compétitive.

Cette position est conforme à un des principes bien établis dans la jurisprudence sportive internationale, tel que l’a affirmé le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui considère que le résultat obtenu à la suite d’une violation grave des règles d’intégrité et de jeu propre perd son caractère légitime, même s’il respecte le cadre procédural.

La demande de retirer le titre et de le laisser vacant ne s’appuie pas sur un désir de vengeance ou de créer un précédent absurde, mais sur un principe juridique clair : la préservation des formes ne doit pas se faire au détriment du fond, et il n’est pas acceptable de récompenser un comportement contraire à la loi sous prétexte de maintenir la stabilité des résultats.

Il est vrai que la Confédération africaine de football pourrait hésiter face à cette option afin d’éviter de créer un précédent légal, cependant, l’article 28 de son code disciplinaire autorise la prise de mesures disciplinaires proportionnées à la gravité des actes commis, y compris des procédures exceptionnelles, dès lors qu’un manquement grave aux règles de la compétition est établi.

Aujourd’hui, la demande marocaine se résume à trois éléments clairs : ne pas récompenser tout acteur prouvé dans l’atteinte au bon déroulement de la finale, établir des sanctions disciplinaires strictes et justifiées, et décharger clairement la Fédération royale marocaine de football en tant qu’entité organisatrice ayant rempli ses obligations conformément aux règles adoptées.

En fin de compte, nous ne sommes pas en présence d’un conflit autour d’un trophée, mais devant un véritable test de crédibilité pour le football africain. Il s’agit de savoir si la loi et l’intégrité l’emporteront, ou si le principe des compromis, qui engendre le doute et vide les compétitions de leur sens, continuera à prévaloir.

Nous n’avons pas besoin d’un titre entaché de suspicion,
nous avons besoin d’un football respecté.

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