La femme dans le programme gouvernemental : entre promesses d’égalité et véritable émancipation.

Par : Khadija Al-Kour
Présidente de l’Organisation des Femmes Mouvementistes
La place des femmes dans le programme gouvernemental ne se mesure pas à la présence de leurs préoccupations dans le discours politique, mais à la capacité des engagements annoncés à provoquer un changement réel dans les droits, les opportunités, l’accès aux ressources et aux centres de décision. Ainsi, l’évaluation de l’approche gouvernementale nécessite de dépasser la simple énumération des engagements pour interroger la nature de la vision qui les encadre, sa cohérence et sa capacité à répondre à la diversité des situations des femmes et à la disparité de leurs besoins.
Le programme évoque les questions des femmes à travers plusieurs domaines, tels que les droits humains, l’égalité, l’égalité des chances, l’autonomisation économique et le travail décent, la lutte contre la violence, la protection sociale et la participation aux centres de décision. Il inclut également les préoccupations concernant les femmes et la famille dans le troisième axe relatif à la préservation de l’identité, de la citoyenneté et de la cohésion sociale, en lien avec la poursuite de la réforme du Code de la famille à la lumière des directives royales, et le renforcement des institutions des droits, de l’égalité et de la parité.
Cette répartition reflète la diversité des dimensions juridiques, sociales et économiques des questions liées aux femmes, mais soulève en revanche la question de leur intégration dans la vision générale du gouvernement. La multiplicité des axes peut permettre une approche globale, mais ne garantit pas nécessairement la clarté des priorités ou l’harmonie des interventions, à moins qu’elle ne s’accompagne de la définition des responsabilités, des mécanismes de coordination et d’objectifs mesurables. L’enjeu ne réside pas dans le nombre de domaines dans lesquels les femmes sont évoquées, mais dans la manière dont l’égalité devient un principe organisateur des politiques publiques et un facteur d’orientation des résultats.
Participation politique : de la représentation numérique à l’égalité des chances
L’évocation de l’élargissement de la participation des femmes aux centres de décision demeure un engagement général tant qu’elle n’est pas assortie d’une vision claire des conditions d’accès aux responsabilités et des critères de sélection. La participation politique ne se résume pas à la nomination de femmes à des postes ou à l’atteinte d’une représentation numérique, mais implique la garantie d’équité dans l’accès aux postes de décision, sur la base de la compétence et du mérite, ainsi que la reconnaissance des parcours académiques, professionnels et politiques des femmes.
Le problème ne réside pas seulement dans l’existence de femmes qualifiées, mais aussi dans la mesure dans laquelle des opportunités équitables leur sont offertes pour assumer des responsabilités et montrer leurs compétences. Une femme peut avoir l’expérience, la compétence et la capacité de gestion, sans toutefois bénéficier des mêmes opportunités que d’autres. Dès lors, l’autonomisation politique nécessite l’adoption de critères transparents en matière de sélection et de nomination, la garantie d’une égalité des chances pour la candidature et l’élimination des obstacles institutionnels et organisationnels qui pourraient empêcher les femmes compétentes d’accéder à des postes de responsabilité.
L’égalité ne se réalise pas simplement avec l’ouverture des portes du pouvoir aux femmes, mais en garantissant l’égalité des chances d’accès. La représentation n’acquiert son sens véritable que lorsqu’elle est fondée sur la compétence et le mérite, permettant une participation effective à la prise de décision, loin d’une présence formelle ou d’une considération numérique déconnectée de l’équité.
Autonomisation économique : la reconnaissance des droits ne suffit pas à traiter la précarité
L’autonomisation économique constitue l’un des tests fondamentaux de la capacité du programme à passer des principes aux mesures concrètes. Parler de travail décent, d’indépendance financière et de soutien à l’initiative reste peu significatif s’il n’est pas lié à la prise en compte des inégalités qui déterminent les chances des femmes dans l’emploi, les revenus et la protection sociale, selon leurs situations sociales et spatiales et la nature des activités qu’elles exercent.
Les femmes ne vivent pas les mêmes situations et ne font pas face aux mêmes défis ; les besoins d’une femme occupant un poste professionnel ou administratif diffèrent de ceux de celle luttant pour assurer un revenu quotidien. De plus, les conditions des femmes en milieu urbain diffèrent de celles de leurs homologues en milieu rural et montagnard. Cela requiert des politiques ciblées pour les femmes qui prennent en compte les différences de leurs situations, plutôt que de se limiter à une approche générale de l’autonomisation.
Cette nécessité se révèle clairement dans les situations des travailleuses agricoles, qui sont confrontées à la précarité de l’emploi saisonnier, à l’instabilité des revenus, aux difficultés de transport, à la protection sociale limitée, et aux risques associés aux conditions de travail et à la sécurité professionnelle. Malgré les orientations générales du programme concernant l’autonomisation économique et l’élargissement de l’accès aux droits sociaux, les sections consacrées aux questions des femmes ne précisent pas de mesures spécifiques pour cette catégorie, ni ne fixent des objectifs et des délais clairs pour améliorer leur situation.
Incorporer les travailleuses agricoles parmi les groupes vulnérables ne suffit pas ; l’équité nécessite des actions qui répondent à la spécificité du travail agricole, garantissent le respect des législations du travail, le versement des salaires dus, la sécurité au travail, la protection sociale, et un transport adéquat, avec en outre des mécanismes efficaces de surveillance et de reddition de comptes.
La même analyse s’applique aux femmes travaillant dans le secteur informel, où la précarité des revenus se combine avec l’instabilité professionnelle et les difficultés à accéder à la protection sociale. L’autonomisation économique ici ne se limite pas à encourager l’initiative, mais nécessite de traiter les conditions de travail précaires, de faciliter la transition vers des activités plus stables, et d’élargir la portée de la protection sociale pour préserver la dignité et l’indépendance financière. Cependant, les sections relatives aux femmes ne proposent pas de vision d’exécution détaillée qui réponde aux spécificités de ce groupe.
Ces exemples mettent en lumière la nécessité de distinguer entre l’annonce de l’autonomisation et la garantie des conditions qui permettent de l’atteindre. L’efficacité des politiques destinées aux femmes ne peut se mesurer à la généralité de ses objectifs, mais à sa capacité à améliorer les conditions des groupes les plus vulnérables, à offrir une protection qui réponde aux risques réels liés au travail, et à réduire les disparités économiques, sociales et spatiales.
La femme et la famille : une complémentarité qui ne doit pas occulter l’indépendance des droits
L’inclusion de la famille, du développement social et de l’égalité dans le champ gouvernemental nécessite une distinction entre la protection de la famille et la promotion des droits des femmes. L’attention portée à la famille ne doit pas réduire la femme à son rôle familial ou rendre jouissance de ses droits conditionnelle à sa position au sein de la famille ; elle est citoyenne à part entière, méritant équité et indépendance dans tous les domaines de la vie.
Il n’y a pas d’opposition entre la cohésion familiale et l’autonomisation des femmes ; au contraire, établir des relations familiales basées sur la dignité, l’équité et le partage des responsabilités renforce la stabilité de la famille et de la société, tout en élargissant l’autonomisation économique, sociale et politique de la femme, renforçant ainsi sa capacité à contribuer au développement.
D’autre part, l’inclusion de l’égalité dans le nom du secteur gouvernemental chargé de la famille, du développement social et de l’égalité porte une signification positive quant à la possibilité de dépasser une approche qui limite l’intervention à l’assistance et aux soins. Cependant, l’absence du mot « femme » dans le nom du ministère soulève des questions sur la clarté de la position des politiques destinées aux femmes au sein des compétences gouvernementales, sans que cela constitue en soi une preuve du retrait de l’attention portée à leurs préoccupations.
L’enjeu ne réside pas uniquement dans le libellé, mais dans la clarté des compétences, l’efficacité de la coordination entre les secteurs, et le degré d’intégration de l’égalité dans les politiques économiques, sociales et territoriales, tout en maintenant une vision intégrée des politiques destinées aux femmes en tant que partie intégrante des politiques publiques et levier pour atteindre l’équité et l’égalité des chances.
La question de l’exécution et des travaux : engagements entre clarté des objectifs et responsabilité
La capacité des engagements à être exécutables et évaluable demeure un élément clé dans l’appréciation de la crédibilité de l’approche gouvernementale. Dans les sections consacrées aux questions des femmes, le programme ne fournit pas d’indicateurs quantitatifs, de délais محدد، de distribution précise des responsabilités permettant d’évaluer les avancées en matière de participation politique, d’amélioration des conditions des travailleuses agricoles ou d’élargissement de la protection sociale pour les femmes travaillant dans le secteur informel.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’il n’existe pas de mesures détaillées dans les programmes sectoriels ou dans les phases d’exécution ultérieures ; cela rend cependant difficile, à partir du programme seul, de déterminer le niveau d’engagement pratique ou d’établir des critères mesurables pour la reddition de comptes.
Dès lors, il est essentiel de relier les engagements à des objectifs spécifiques, à des délais connus, à des responsabilités institutionnelles claires, avec des indicateurs pour mesurer l’impact et des mécanismes de suivi et d’évaluation. Ce sont ces conditions qui permettent au parlement et aux institutions de contrôle, ainsi qu’à la société, de différencier entre ce qui a été annoncé et ce qui a été réalisé, et de mesurer l’avancement réalisé dans la réduction des disparités existantes.
L’égalité se mesure par les changements dans la vie des femmes
Le programme gouvernemental révèle la présence des questions féminines dans diverses orientations liées aux droits, aux aspects sociaux et économiques. Toutefois, cette présence ne suffit pas à prouver l’existence d’une approche intégrée et efficace. Le véritable défi réside dans la transformation de la reconnaissance de l’égalité en actions concrètes répondant à la diversité des situations des femmes, garantissant l’équité dans l’accès aux décisions, à l’emploi et à la protection sociale.
Il n’y a pas de véritable représentation sans égalité des chances, pas d’autonomisation économique sans une protection réelle contre la précarité, et pas d’égalité crédible sans des objectifs mesurables et responsables.
Le degré d’engagement du programme se teste à sa capacité à transformer la réalité des femmes : en donnant une juste chance à la femme qualifiée pour occuper une responsabilité, en protégeant la travailleuse agricole qui aspire à des conditions de travail préservant sa dignité, et en permettant à la femme travaillant dans le secteur informel d’obtenir un revenu plus stable et une couverture sociale efficace.
La femme n’est pas simplement un sujet dans une agenda sociale, ni une présence convoquée pour affirmer l’engagement en faveur de l’égalité ; elle est une citoyenne à part entière et un partenaire dans le développement et la prise de décision. Ainsi, le succès du programme ne se mesure pas à ses promesses, mais à sa capacité à lever des barrières, à ouvrir des opportunités et à réaliser une équité tangible. L’égalité qui ne se reflète pas dans la vie des femmes restera un principe proclamé qui n’a pas encore atteint le niveau de l’engagement effectif.




