Nicolas Sarkozy fait son entrée en prison, un fait sans précédent pour un président français.

Le président français Nicolas Sarkozy est entré mardi dans la prison de la Santé à Paris, près d’un mois après avoir été condamné à cinq ans d’emprisonnement pour avoir accepté un financement illégal de la Libye pour sa campagne électorale, un événement sans précédent dans l’histoire moderne du pays.
Jamais un chef d’État d’un pays de l’Union européenne n’avait été incarcéré, même si l’ex-président brésilien Lula da Silva et l’ancien président sud-africain Jacob Zuma avaient purgé des peines derrière les barreaux après avoir quitté le pouvoir.
Âgé de 70 ans, Sarkozy est arrivé à la prison de la Santé, située au sud de Paris, mardi matin, alors que des détenus hurlaient depuis leur cellule : « Bienvenue Sarkozy ! ».
Sarkozy avait quitté son domicile, situé dans un quartier huppé de l’ouest de Paris, accompagné de son épouse Carla Bruni, où des partisans s’étaient rassemblés en criant « Libérez Nicolas ».
L’ex-président, qui a dirigé la France entre 2007 et 2012, avait été condamné fin septembre à cinq ans de prison après avoir été reconnu coupable d’avoir permis à ses deux principaux conseillers, Bernard Squarcini et Claude Guéant, de contacter le défunt dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour obtenir un financement illégal pour sa campagne électorale. Au final, aucun financement n’avait été reçu.
Guéant et Squarcini avaient rencontré, fin 2005, Abdullah Senoussi, directeur des services de renseignement libyens, condamné à perpétuité par contumace en France pour son rôle dans l’attentat contre un DC-10 de la compagnie YUTAir en 1989, qui avait coûté la vie à 170 personnes, dont 54 Français.
Sarkozy a réaffirmé sur Twitter mardi : « Ce n’est pas un ancien président de la République qui est emprisonné, mais un homme innocent. »
– Demande de libération –
Les juges ont provoqué la stupeur dans la salle d’audience, le 25 septembre, en ordonnant son incarcération, concomitamment à sa condamnation pour “complicité criminelle”, sans attendre son procès en appel.
Ils ont justifié cette décision par la « gravité des faits extraordinaires », lui accordant une courte période pour organiser son incarcération.
Bien que le tribunal ait reconnu qu’aucun fonds n’avait été réellement versé à la campagne de Sarkozy, il a déclaré que les enquêtes avaient révélé un mouvement d’argent en provenance de Libye « visant à financer » sa campagne.
Ses avocats ont annoncé mardi que Sarkozy avait demandé à être libéré immédiatement après son arrivée en prison.
La cour d’appel aura deux mois pour examiner la demande de libération provisoire de Sarkozy, mais il est probable que l’audience soit convoquée plus rapidement.
En attendant une éventuelle libération, Sarkozy fera face à l’isolement, le régime de détention séparée prévoyant une seule promenade par jour dans une petite cour ne dépassant pas quelques mètres carrés, avec un accès limité à l’une des trois salles de sport de la prison ou à une salle utilisée comme bibliothèque.
Lors de ses déplacements vers, par exemple, la salle de visites ou le médecin, il sera accompagné d’au moins un garde, et des mesures connues sous le nom de « cloisonnement » empêcheront toute interaction avec d’autres détenus.
– Soutien de son camp –
Sarkozy, figure de proue de la droite française, reçoit le soutien de son camp. Il a rencontré, vendredi, Emmanuel Macron au palais de l’Élysée, qui a déclaré que cette rencontre était « naturellement humaine ».
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, un proche de l’ancien président, a fait savoir qu’il irait lui rendre visite en prison, exprimant ses préoccupations quant aux « aspects sécuritaires » de son incarcération.




