Art & Culture

Les « Poètes Médias » célèbrent l’œuvre du poète et journaliste Abdelatif Benhayya à la Maison de la Poésie de Marrakech

Marrakech s’est revêtue de blanc, vendredi dernier, dans un moment exceptionnel que la ville n’avait jamais connu. Lors d’une nuit pluvieuse au sein de la Maison de la poésie à Marrakech, un groupe de poètes, de penseurs, d’artistes et de journalistes, représentant diverses facettes de la culture marocaine, a rencontré des invités venus de Palestine et de Tunisie, dans le cadre de la troisième édition du programme de la Maison de la poésie “Poètes Journalistes”, en hommage à l’expérience de l’animateur et poète Abdelatif Benhya, avec la participation des poètes et journalistes : Fatima Baroudi, Widad Benmoussa et Mohamed Belmou.

Les poètes ont lu leurs vers dans un éloge de l’eau, de l’isolement et de la mélancolie de l’écriture, lors d’une soirée exceptionnelle pour la Maison de la poésie à Marrakech ; ce n’était pas seulement un acte de loyauté et de reconnaissance, mais les circonstances de cette rencontre ont tissé un moment humaniste intime, selon l’expression de l’honoré Benhya, qui a insisté pour célébrer une présence “chargée d’eau” afin de donner à la rencontre une dose de chaleur humaine.

La poétesse et journaliste Fatima Baroudi a lu un “résumé” poétique et de courts extraits qui la ramènent à elle-même, elle qui voit dans le poème un refuge vers lequel elle revient pour retrouver sa voix intérieure. Elle a ouvert la lecture par un court portrait d’Abdelatif Benhya, un journaliste pionnier et créatif, généreux de son talent.

Dans son poème « Sois digne de l’air », Baroudi chante : “Tends ton dos à l’air / Fonde-le comme ton soutien / Car l’air ne trahit pas ceux qui s’y appuient / Fais que la vague soit un flux en toi / Il t’agite, tu l’agites / Il te réveille, et tu te réveilles en lui / Car ton âme a des droits sur toi / Puisque tu t’es contenté… / Contenté de l’enchaînement des saisons / Rempli de vide / Entouré de vide / Ouvre-toi à toi-même, que quelque chose vienne à toi / Laisse quelque chose t’étreindre / Car l’eau est un maître sage / Quand elle touche l’autre, elle s’adapte…”

Quant à la poétesse et journaliste Widad Benmoussa, l’une des figures les plus marquantes de la poésie, qui a illuminé l’horizon de la poésie marocaine moderne par le biais de ses publications, elle a retracé le parcours reliant Rabat et Marrakech, dans sa capacité à réécrire un moment de reconnaissance d’un homme singulier dont l’expérience médiatique pionnière a croisé ses créations poétiques, venant de Tangier, ce lieu magique de croisement des cultures. Elle a lu quelques vers de “Cette fragilité qui touche l’être”, de personnages (Aznavour et la tante) à une voix soufie qui redéfinit l’existence.

Benmoussa a présenté “Grain de lumière” issu d’un long poème, où elle dit : “Je suis la vendeuse de secrets / et le premier secret est que je suis le secret / je ne me découvre pas / je ne m’exprime pas / je n’ouvre pas le chemin /…/ je ne m’approche pas pour que la clarté ne me dévoile pas / je ne laisse pas la honte danser derrière mes pas / je ne laisse ni le parfum de la rose ni l’amertume du laurier-rose dans la mémoire de quiconque / je n’ai aucune trace sur aucun corps /…/ je ne faiblis pas quand je n’ai pas de soutien / et quand il n’y a pas de secret qui me convient ; je me renouvelle dans mon secret / je réinvente mes énigmes, et je deviens une femme sans nombre / de moi, je crée un mystère qui ne me nomme pas…”

La voix du poète et journaliste Mohamed Belmou, originaire de la terre de Beni Ammar Zerhoun et auteur de “La Voix de la terre”, a également résonné à “La Terre de Marrakech”. Le poète Belmou a ramené les spectateurs de la Maison à la magie de l’histoire de l’eau, dans un long poème d’un souffle unique, une métaphore suivant le mouvement de l’eau s’écoulant entre la terre et ses multiples rivières, ainsi que le mouvement de l’homme. Un texte poétique rempli de métaphores de la coïncidence et de la fragilité de l’éventuel.

À propos de “L’agitation de l’eau”, Belmou dit : “L’eau est un fil fin par lequel il perce une pierre, / nous y jetons nos débris chaque fois que nous sentons que le bateau coule / et nous ne sommes pas Noé / l’eau qui, comme un sage, / sculpte dans la terre les ruisseaux, / agile entre les graviers et le sable, s’infiltre / pour retrouver sa clarté chaque fois qu’elle est troublée par nos salissures / l’eau qui semble docile sans limites / avec tous les contextes s’adapte / prend la forme de tout récipient qui l’envahit, / surprend un petit trou / pour circuler librement dans les prairies. / Demandez à la fourmi d’une goutte / comment elle balaye sa maison comme un déluge / et le poisson lorsqu’il en sort meurt / et le feu, seule, lorsqu’il le boit, faiblit et s’écroule.”

La Maison de la poésie à Marrakech a réservé un moment spécial en hommage au poète et journaliste respecté Abdelatif Benhya, venu de “la rencontre des deux mers”, célébrant son expérience foisonnante dans les voies de l’écriture, de la créativité et des médias. En reconnaissance de son parcours unique, à travers des programmes qui ont toujours été proches du cœur des Marocains… Son recueil de poèmes “Les tempêtes de la tristesse et de la joie”, publié dans les années soixante-dix avec de nombreuses copies, demeure un témoin d’une période essentielle de l’histoire culturelle marocaine, marquant sa première apparition tout en poursuivant un chemin important dans la présentation et la diffusion des voix poétiques modernes qui, aujourd’hui, représentent cet arbre poétique marocain luxuriant.

Le poète et journaliste Benhya a retrouvé ses inspirations en capturant avec un sens créatif le moment de son hommage à la Maison de la poésie de Marrakech, exprimant une gratitude immense pour cette rencontre qui a maintenu un haut sens de l’humanité. Du charme de Tanger à Mohamed Choukri jusqu’à Marrakech, qui n’a pu accueillir une rencontre attendue entre Canetti, Borges et la terre de Marrakech qui a écrit son histoire propre.

Les Poètes Journalistes ont voulu être une fenêtre ouverte sur les expériences et les générations de la poésie marocaine moderne, ainsi qu’un espace d’interconnexion entre la poésie et de multiples autres domaines, tels que les médias, l’art, le théâtre, le cinéma et le récit.

L’artiste Soukeina Mouwis a présenté quelques ornements poétiques sonores, allant de Fairuz à Leïla Mourad en passant par le véritable art marocain, dans une performance unique aux côtés de l’artiste Elias Arghai.

Ainsi, la Maison de la poésie à Marrakech poursuit son ouverture au cours de sa neuvième saison culturelle et poétique, en accueillant des expériences, des sensibilités et des générations de la poésie marocaine moderne, tout en organisant ses programmes culturels et poétiques, qui ont été ancrés dans ses stratégies depuis neuf ans, tout en continuant à s’ouvrir à une série d’initiatives, de programmes et de nouvelles rubriques… Pour célébrer l’arbre poétique marocain luxuriant.

La rubrique “Poètes Journalistes”, lancée par la Maison de la poésie à Marrakech lors de sa première édition en 2021, en hommage à des créateurs qui ont su marier dans leur expérience créative, écriture poétique et médias… s’ajoute à d’autres volets et programmes de dialogue tels que “Poètes Plasticiens”, “Poètes Raconteurs”, “Poètes Dramaturges”… et de nombreux programmes poétiques et culturels qui ouvrent une brèche sur l’avenir.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page