Un silence au mariage : Voyage psychologique et dramatique dans le purgatoire de la mémoire

Dans une expérience théâtrale riche en significations et en profondeur humaine, l’artiste Adnan Qawanin signe l’écriture et la mise en scène de son nouveau spectacle intitulé « Muet dans la noce ». Ce travail, qui s’étend sur 45 minutes de densité dramatique, propose un voyage exceptionnel mêlant réalisme symbolique et arts de la narration traditionnelle, plongeant au cœur de l’identité culturelle marocaine.
La dramaturgie du lieu et de la confrontation
Les fils de l’histoire s’entrelacent dans un espace clos, froid et hautement symbolique ; un hôpital qui se transforme en ce qui ressemble à un « purgatoire » temporel. Là, les chemins de deux personnages se croisent lors d’une rencontre soudaine : « Hamid le représentant » (un homme de pouvoir guidé par des inspirations coloniales et vêtu d’un costume classique) et « Aïcha » (une femme ancrée dans les traditions islamiques, portant un habit traditionnel). Cet espace n’est pas simplement une étape de passage, mais une plateforme pour exploser les grandes questions et affronter les fantômes intérieurs à travers le récit des histoires.
La conception scénique et la performance des acteurs
Le metteur en scène Adnan Qawanin adopte une vision de mise en scène approfondie tirant de la psychologie de l’attente (à l’instar de l’absurde théâtral dans « En attendant Godot »), où l’état d’attente devient un outil pour susciter l’imagination et interroger les destinées. Cela s’est clairement manifesté dans la performance des acteurs Saad El Bazi et Hajar Lamsanawi, qui ont suivi des entraînements physiques et vocaux précis inspirés de grandes écoles (comme les techniques de Jerzy Grotowski sur le contrôle de soi, les énergies vocales, et la diction). Leur performance met en lumière la dimension psychologique (les traumatismes et le conflit intérieur) et la dimension sociale (le statut de l’individu et sa relation au pouvoir et aux traditions).

La scénographie et l’éclairage : esthétiques du vide et signification
Au niveau de la scénographie, conçue par Ghassan Al Bazz, et de la technologie du « mapping », dirigée par Muad Biari, l’« espace » s’élargit pour devenir un élément dramatique actif plutôt qu’une simple absence ; un vide inspiré de l’abstraction théâtrale qui pousse le spectateur à se concentrer intégralement sur les corps en mouvement et la création de sens. En ce qui concerne l’éclairage, réalisé par Hamza Aref, il joue sur les thèmes simples et le vide thématique, utilisant des couleurs sombres qui servent l’atmosphère de « purgatoire », en plus des « douches » et « couloirs » de lumière méticuleusement conçus pour accompagner l’expression corporelle et physique de l’acteur. D’autre part, les costumes des personnages s’inspirent de vêtements et d’accessoires personnels pour découvrir une réalité organique reflet des icônes de la culture populaire marocaine.
Ingénierie sonore et musique : le pouls du désert et l’obscurité de l’hôpital
La musique et le son ont constitué une pierre angulaire du spectacle, par le biais d’une ingénierie sonore rigoureuse gérée par Nahi Tajawi. La signature musicale inspirée de la musique du groupe « Tinariwen » et du blues désertique s’harmonise avec la sensibilité marocaine. De plus, la conception sonore (via des programmes de sub-basses et des ambiances abstraites dans Logic Pro) facilite la transition fluide entre la réalité clinique de l’hôpital et la dimension onirique et cauchemardesque grâce à des effets qui touchent à des profondeurs à la fois lisses et inquiétantes.
Fiche technique du spectacle :
Écriture et mise en scène : Adnan Qawanin
Interprétation : Saad El Bazi – Hajar Lamsanawi
Scénographie : Ghassan Al Bazz
Éclairage : Hamza Aref
Mapping : Muad Biari
Direction des acteurs : Reda Shrah
Techniques sonores : Nahi Tajawi
Responsable administratif : Khalid Katnawi
Communication : Azize Hadim
Avec une ingénierie complète et une harmonie entre les différents éléments de la scène, le spectacle « Muet dans la noce » parvient à briser la passivité du spectateur et à en faire un partenaire essentiel dans la création de sens et le déchiffrement des énigmes de la mémoire et de l’identité.




