De l’exonération salariale à une réforme différée… Le gouvernement a-t-il renoncé à la promesse des 15 000 dirhams ?

L’exemption des salaires inférieurs à 15 000 dirhams de l’impôt sur le revenu a été l’un des principaux engagements du Parti de l’Authenticité et de la Modernité dans ce qu’il a qualifié de « Pacte de pouvoir d’achat », en plus de la réduction du nombre de tranches fiscales à trois et de la diminution du taux marginal maximal à 20 %.
Ces promesses reposaient sur une demande sociale claire, qui vise à alléger le fardeau fiscal des travailleurs, nombre d’entre eux se retrouvant face à une équation difficile entre un revenu limité et des coûts de la vie en hausse.
Cependant, le programme gouvernemental présenté par Fatima Zahra Mansouri, selon les informations circulant, adopte une approche différente, consistant à élever la première tranche annuelle exonérée de l’impôt sur le revenu imposable de 40 000 dirhams à 60 000 dirhams, soit l’équivalent de 5 000 dirhams par mois, tout en maintenant trois tranches aux taux de 10 %, 20 % et 30 %, et en mettant en œuvre la réforme de manière progressive entre 2027 et 2031.
Ainsi, il semble que la grande promesse d’exemption des salaires inférieurs à 15 000 dirhams n’ait pas trouvé sa place dans la formule gouvernementale annoncée selon les attentes des bénéficiaires potentiels, remplacée par une réforme fiscale progressive, moins étendue en termes de portée d’exemption et s’étalant sur plusieurs années.
D’un engagement électoral clair à une réforme nécessitant d’attendre
Le problème de ce changement ne concerne pas uniquement les chiffres ou les détails techniques de l’échelle fiscale, mais est essentiellement lié à l’écart entre ce qui a été présenté aux électeurs comme un engagement clair et ce vers quoi s’oriente le programme gouvernemental.
L’exemption de l’impôt sur les salaires inférieurs à 15 000 dirhams par mois n’est pas simplement un ajustement comptable, mais un engagement qui, s’il avait été exécuté selon la formule annoncée, aurait eu un impact direct sur les revenus nets d’une couche de travailleurs.
En revanche, l’augmentation de la tranche exonérée à 60 000 dirhams par an, bien qu’elle puisse alléger le fardeau fiscal pour certains fonctionnaires et travailleurs, ne représente pas nécessairement une exemption des salaires inférieurs à 15 000 dirhams par mois.
La différence entre les deux mesures est fondamentale, tant en ce qui concerne les catégories bénéficiaires que l’impact potentiel sur le revenu net.
C’est ici qu’émerge la question à laquelle beaucoup attendent une réponse claire : s’agit-il d’une révision des engagements électoraux en réponse aux contraintes financières et budgétaires, ou les promesses faites durant la campagne ne reposaient-elles pas sur un plan d’exécution complet permettant de les traduire en décisions gouvernementales ?
Le pouvoir d’achat entre pression de la réalité et attentes des citoyens
Ce débat survient dans un contexte social marqué par des demandes croissantes visant à améliorer les revenus et à faire face à l’augmentation du coût de la vie. Dans de telles circonstances, les réformes fiscales deviennent plus que de simples choix techniques ; elles se transforment en un test de la capacité des politiques publiques à répondre aux attentes quotidiennes des citoyens.
Un travailleur qui attendait une exemption de son salaire en vertu d’un engagement électoral précis pourrait se retrouver aujourd’hui face à une réforme progressive dont les effets finaux ne se feront sentir que dans plusieurs années.
Entre la promesse et sa réalisation, les dépenses de logement, de transport, d’éducation et de santé continuent de s’accumuler, et il ne semble pas que le pouvoir d’achat puisse se permettre d’attendre l’achèvement de la réforme d’ici 2031.
Cela ne signifie pas que la réforme progressive est inutile, ou que l’élévation de la tranche exonérée ne porte aucun effet positif, mais le problème réside dans la présentation d’une mesure différente de l’engagement initial sans que la différence entre les deux soit suffisamment claire pour l’opinion publique.
Le citoyen ne compare pas seulement des chiffres d’échelle fiscale, mais aussi ce à quoi il a été promis et ce qu’il peut réellement percevoir sur son salaire mensuel.
Trois tranches fiscales… mais avec un taux maximal inchangé comme promis
Parmi les points nécessitant aussi des éclaircissements, il est à noter que l’engagement électoral ne se limitait pas à l’exemption, mais incluait également la réduction du nombre de tranches fiscales à trois et la baisse du taux marginal maximal à 20 %.
En revanche, la nouvelle formule gouvernementale évoque trois tranches avec des taux de 10 %, 20 % et 30 %.
Bien qu’il semble y avoir une convergence sur le nombre de tranches, le maintien d’un taux marginal maximal de 30 % conformément aux informations déclarées signifie qu’un des éléments clés de l’engagement électoral n’a pas été réalisé selon la même formule.
Cette disparité soulève également la nécessité de fournir des explications précises concernant les raisons de la modification des propositions, les critères utilisés pour choisir la nouvelle formule, les catégories qui en bénéficieront réellement, ainsi que l’ampleur de l’amélioration attendue du revenu net pour chaque catégorie.
La transparence est requise… et les promesses ne doivent pas être de simples slogans électoraux
Il ne peut être nié qu’une réforme fiscale reste liée à des équilibres des finances publiques, et à la nécessité de l’État de financer les services, les investissements et les engagements sociaux.
Toutefois, se référer à ces contraintes ne devrait pas dispenser le gouvernement de l’obligation d’expliquer les transformations apportées à ses promesses, en particulier lorsqu’il s’agit de mesures affectant directement le pouvoir d’achat des ménages.
Si la formule qui a été promise pendant les élections ne peut être mise en œuvre dans les conditions actuelles, il est impératif de l’expliquer clairement à l’opinion publique, en fournissant les raisons financières et économiques justifiant cette révision, plutôt que de laisser place aux interprétations et au sentiment de déception.
L’annonce d’une réforme qui s’étend jusqu’en 2031 nécessite également de définir précisément les étapes de sa mise en œuvre et de clarifier l’impact de chaque étape sur les salaires, pour que le principe de progression ne devienne pas un large concept repoussant l’accès effectif aux bénéfices à des échéances lointaines.
Et demeure la question : où est passé l’engagement des 15 000 dirhams ?
Entre un pacte électoral centré sur le pouvoir d’achat et un programme gouvernemental s’orientant vers une réforme progressive de l’échelle fiscale, la nécessité d’une explication claire concernant ce changement est pressante.
Les citoyens n’attendent pas nécessairement l’exécution de toutes les promesses électorales d’un seul coup, mais ils attendent au moins de comprendre les raisons de ce recul, les alternatives proposées et le calendrier qui garantit que les engagements ne restent pas enfermés dans des discours.
L’augmentation de la tranche exonérée d’impôt peut constituer un pas positif, mais elle ne répond pas à elle seule à la question de l’engagement d’exemption des salaires inférieurs à 15 000 dirhams.
Entre la mesure possible et la promesse attendue, la crédibilité du discours gouvernemental restera liée à sa capacité à fournir des réponses convaincantes, et non simplement à annoncer des réformes nouvelles.
En fin de compte, la crédibilité des promesses électorales ne se mesure pas à la fréquence à laquelle les slogans sont brandis, mais à leur impact sur la vie des citoyens.
Et lorsqu’il s’agit de leur salaire mensuel, l’écart entre la promesse et la réalisation ne reste pas un simple détail politique, mais devient une question de confiance sociale difficile à ignorer.




