Réseau des droits demande le retrait des recommandations du Conseil de la concurrence sur les médicaments et avertit des menaces pesant sur la sécurité pharmaceutique et la souveraineté sanitaire.

La Réseau marocain pour la défense du droit à la santé et du droit à la vie a appelé à un retrait immédiat des recommandations récentes du Conseil de la concurrence concernant la réforme du système de distribution et de délivrance des médicaments. Elle estime que celles-ci se basent sur une « approche commerciale étroite » qui ignore la dimension sanitaire et sociale du médicament, menaçant ainsi la sécurité médicamenteuse et la souveraineté sanitaire nationale.
Dans une note urgente adressée au Chef du gouvernement et au ministre de la Santé et de la protection sociale, le réseau a exprimé son refus catégorique de la proposition d’ouverture du capital des pharmacies à des investissements non professionnels, alertant que cela mettrait fin à l’indépendance du pharmacien et transformerait les pharmacies en unités commerciales gérées selon un logique de profit plutôt que de service sanitaire.
Le réseau a également souligné que la vente de médicaments en dehors du cadre légal des pharmacies, que ce soit via des plateformes numériques ou des grandes surfaces, pourrait entraîner un affaiblissement du contrôle professionnel et renforcer la tendance au « médecin auto-prescripteur », avec les risques de toxicité médicamenteuse, d’interactions dangereuses et de propagation de médicaments contrefaits.
Il a mis en garde contre le risque d’apparition de ce qu’il a qualifié de « déserts médicaux » en raison de la faillite des petites pharmacies, notamment dans les villages et les quartiers défavorisés, menaçant ainsi l’équité territoriale en matière d’accès aux soins.
Le réseau a critiqué ce qu’il considère comme un déni des véritables causes de la hausse des prix des médicaments, indiquant que certaines prix dépassent largement ceux des pays d’origine, tout en chargeant la marge bénéficiaire du pharmacien de la responsabilité de l’inflation sans une réforme structurelle du système de tarification et de contrôle.
Il a prévenu que la libération des prix pourrait diriger les patients vers des médicaments plus rentables au lieu de ceux qui sont médicalement appropriés, augmentant ainsi le fardeau financier pour les familles et ralentissant les réformes du système de compensation, en particulier en ce qui concerne l’extension du principe du « tiers payant ».
Le réseau a appelé à une réforme « radicale et juste » qui inclut : une révision complète de l’arrêté 2.13.852 déterminant les prix des médicaments, visant une réduction effective des prix et un renforcement de la transparence sur les marges bénéficiaires ; l’élargissement des systèmes de compensation et la généralisation du principe du « tiers payant » ; l’élargissement de la liste des médicaments remboursables ; l’octroi de pouvoirs effectifs à l’Agence nationale des médicaments et des produits de santé pour réguler le marché, lutter contre le monopole, et garantir la qualité et la disponibilité des médicaments ; le soutien à l’industrie nationale et aux médicaments génériques, dont la part actuelle ne dépasse pas 37%, comme levier de souveraineté médicamenteuse ; la protection des petites pharmacies, en particulier dans les zones rurales et vulnérables, en allégeant leur charge fiscale ; l’établissement d’un système d’information unifié pour suivre le parcours des médicaments et les stocks de sécurité, afin d’éviter la spéculation et les ruptures d’approvisionnement ; et l’implication des acteurs des droits humains et professionnels dans l’élaboration d’un code national qui consacre le principe « médicament service public ».
Le réseau a conclu sa note en réaffirmant que le droit à la santé et à la vie est une priorité constitutionnelle qui transcende toute considération commerciale, mettant en garde que l’adoption des recommandations actuelles pourrait compromettre la protection sociale et creuser les inégalités d’accès aux soins.
Il réclame l’ouverture d’un dialogue national inclusif sur la réforme du système de médicaments, trouvant un équilibre entre la garantie de la concurrence et la protection de la santé publique, plaçant la sécurité médicamenteuse et la souveraineté sanitaire au cœur de toute réforme à venir.




