À la recherche d’Avicenne à Chefchaouen

Par : Ahmed Sigilmassi
Parmi les moments beaux et agréables du programme de la quatorzième édition du Festival international du film pour l’enfance et la jeunesse de Chefchaouen, se trouve la présentation et la signature du roman « En attendant Ibn Rushd » (2025) de l’académicien, scénariste et réalisateur, mon ami, Azlarab Alaoui Mehari.
La beauté de ce moment réside dans le fait que nous l’avons vécu en plein air, la nuit du dimanche 12 juillet 2026, au cœur vibrant de la vieille ville de Chefchaouen, sur la place Wataâ Hammam, qui ne cesse d’accueillir tout au long de la journée des visiteurs marocains et étrangers venus de tous horizons.
Après un discours d’ouverture du jeune directeur du festival, Tarek Bouabker, qui a accueilli les présents et remercié l’auteur du roman et président du jury de la compétition internationale de films de cette année, l’enseignant Azlarab Alaoui, pour avoir accepté l’invitation du festival et contribué activement à la réussite de cette nouvelle édition, il a également remercié le poète et journaliste, Monsieur Abd al-Haq Ben Rahmoun, animateur de la session, et lui a passé le micro.
Après une brève présentation de l’auteur du roman, le dernier a choisi de présenter son œuvre sous la forme d’un dialogue direct entre lui et son auteur, à travers des questions et des réponses précises et concentrées, concernant son contenu, la signification de son titre, les raisons de sa publication et ce qui la distingue des autres romans marocains, ainsi que d’autres sujets. Ensuite, il a ouvert la discussion au public pour poser leurs questions et faire remarques sur ce qui avait été discuté, auxquelles l’auteur du roman a répondu, concluant cette rencontre passionnante par la signature de copies de ce nouveau roman, une sorte de fantaisie historique.
Parmi les propos d’Azlarab Alaoui, il a souligné que ce qui distingue son roman est qu’il s’agit d’un roman visuel, c’est-à-dire que lorsque vous dévorez ses pages, c’est comme si vous visionniez un film ou une œuvre dramatique, remplie de suspense et de plaisir visuel. Cela lui faisait de la peine, après avoir écrit plusieurs scénarios sans obtenir de financements suffisants pour les porter à l’écran, que ceux-ci restent enfermés dans les étagères de sa bibliothèque. Ainsi, il a décidé de transformer certains d’entre eux en romans et les publier sur papier, d’abord pour les préserver de la détérioration, et ensuite pour enrichir notre patrimoine romanesque (marocain et arabe) avec des textes de nature visuelle, susceptibles d’inciter dans le futur un producteur à les adapter en films ou en œuvres télévisuelles. Le point de départ a été en 2025 avec le roman « En attendant Ibn Rushd », et d’autres romans suivront sans aucun doute.
Concernant le titre de ce premier roman, il ne fait pas uniquement référence à la vie du grand philosophe arabe Ibn Rushd et aux épreuves qu’il a traversées, mais évoque plutôt notre besoin urgent aujourd’hui de sa pensée éclairante, de son rationalisme ouvert et des valeurs humaines universelles nobles qu’il a défendues tout au long de sa vie, telles que la liberté, la tolérance, la beauté, la justice, le bien, la science, la raison et l’ouverture à autrui, à une époque où l’obscurantisme et le fanatisme intellectuel prédominent.
Ce roman s’ouvre sur la citation suivante d’Ibn Rushd : « Celui qui utilise son esprit pour contempler l’existence y voit ce que d’autres ne voient pas » (p. 5). Concernant sa nature, l’auteur a écrit à la page 7 : « J’ai écrit cette œuvre créative avec l’œil d’une caméra, non avec la plume d’un romancier, avec l’objectif d’une mémoire qui aime la lumière et le mouvement plus que la narration et la description. Je n’ai pas choisi les mots, mais les ai laissés couler comme un objectif suivant le pouls de l’image. »
« Laisse ton imagination s’asseoir dans le fauteuil du spectateur… et laisse les images jaillir entre les lignes, comme la vie émerge de la première touche de lumière sur un écran sombre. »
Les événements de ce roman s’étalent sur 446 pages au format moyen, réparties en 26 chapitres portant les titres suivants successivement : La Couronne du Vatican brisée, Mission spéciale, Fils entrelacés, Cloches, Défaire l’enchevêtrement, Qui suis-je ?, Au commencement, Mirage de la vérité, Percée, Hors couverture, Crime et châtiment, Boîte des secrets, Port de la douleur, Soleil des visages, Traits de chemin, Vers l’inconnu, Ombre du pouvoir, Tromperie, Labyrinthes du doute, Lignes d’espoir, Illusion de vérité, Fils entrelacés, Marrakech, À travers les fissures du temps, Cercle de rédemption, Chemin du retour.
Nous lisons dans le quatrième de couverture du roman : « Toutes les œuvres ne sont pas écrites pour être lues… Certaines naissent comme une prophétie, marchent sur le bord de la réalité et chuchotent à leur lecteur un murmure secret, comme si elles n’étaient écrites que pour lui. Ce texte, par son résumé flamboyant entre l’obscurité et la lumière, ne semble pas être simplement une entrée dans une histoire, mais un rite d’ouverture à un voyage spirituel, et une porte qui s’ouvre sur des questions qui dépassent les limites du crime et s’étendent à un temps qui n’est pas mesuré en heures, mais en conscience. »
À Rome, la ville qui dort sur ses secrets, un groupe masqué s’avance dans l’ombre de la nuit pour faire exploser la célèbre fresque de Raphaël. Mais l’explosion ne vise pas l’art, mais ce que l’art dissimule… Le visage d’un philosophe effacé de la mémoire : Ibn Rushd.
À cet instant, la fresque se transforme en miroir, le crime en question et le détective en accusé. Le roman ne propose pas un suspense superficiel, mais glisse entre ses lignes une soif de connaissance et un désir de redonner son éclat à une pensée sciemment exclue, comme une épine dans le corps d’une civilisation qu’on souhaite oublier.
Le temps s’entrelace, tout comme les lieux : des couloirs du Vatican aux ruelles de Marrakech, des gémissements de l’Andalousie aux pages d’un chercheur portant une carte qui n’a pas été dessinée que par l’encre, et un journaliste poursuivi par un visage qu’il ne connaît pas, et un philosophe qui ressuscite, non pas pour revenir, mais pour illuminer le monde de la lumière de ses idées.
Ici, rien n’est anodin. Ni la balle, ni la fusion, ni la lumière qui consume le corps. Chaque détail cache une signification, et chaque moment qui passe n’est pas en vain, mais une empreinte discrète de l’histoire du combat éternel entre la lumière de l’idée et l’obscurité de l’ignorance.
Les idées avortées, les livres brûlés, les tableaux déchirés… peuvent-ils renaître de leurs cendres et revenir pour changer le monde ? »
Il convient également de noter que le Dr. Azlarab Alaoui Mehari a précédemment publié les livres suivants : Approche critique du discours cinématographique au Maroc de 1905 à 2000 (étude), La Pomme et le Karnak (lecture poétique d’une photographie), Le Manuel de production du film narratif, Le Manuel de production du film documentaire.
Il est également à noter que la filmographie de ce réalisateur actif sur de nombreux fronts se compose des longs métrages suivants : « Andromane… De Sang et Charbon » (2012), « Kilikis… Douar des Hiboux » (2018), « Africa Blanca » (2025)… sans oublier sa réalisation de plusieurs courts métrages, d’œuvres dramatiques pour la télévision marocaine, et de films documentaires pour la chaîne Al Jazeera documentaire, entre autres.




