Politique

Mohamed Abou : De la « colombe » au « tracteur » – Quand la boussole politique devient pliable !

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Il existe des départs politiques que l’on peut comprendre, et d’autres qui nécessitent un vocabulaire spécial pour en déchiffrer les codes. En ce qui concerne le départ de Mohamed Abou du Parti du progrès et du socialisme, après un long parcours au sein du parti, il semble s’agir de ce type de départ qui pousse l’observateur politique à s’interroger : sommes-nous face à un changement de conviction ou à un simple changement d’étiquette ?

Abou n’est pas un nouveau venu dans la vie politique. L’homme a présidé le groupe parlementaire du Parti du progrès et du socialisme à la Chambre des représentants pendant la législature 2002-2007, et en 2013, il a occupé le poste de ministre délégué auprès du ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique, chargé du commerce extérieur. Avant cela, il avait été nommé en 2007 ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la modernisation des secteurs publics. De plus, il est universitaire.

Nous ne parlons donc pas d’une personne qui découvre la politique à l’approche des élections, ni d’un candidat à la recherche de sa première occasion de se montrer devant les caméras.

Nous avons affaire à un homme qui a grandi au sein du Parti du progrès et du socialisme, a grandi dans ses institutions et a gravi les échelons jusqu’à devenir une partie de sa mémoire politique.

Puis, soudain, l’histoire prend un autre tournant.

La colombe qui l’a longtemps accompagné ne semble plus suffisante, et le tracteur ouvre ses portes. Dans une scène qui ajoute du piment à l’histoire, Fouzi Lekjaa se rend chez Abou à Fès, marquant le début d’une nouvelle phase, politiquement intitulée : de la colombe au tracteur.

Et c’est ici que la question dépasse le simple transfert politique.

Nous avons souvent entendu parler des « propriétaires de sacs d’argent » qui changent de couleur politique à l’approche de chaque élection, comme si l’appartenance politique était une chemise saisonnière à changer selon le temps électoral. Mais lorsque cela concerne une élite politique qui a passé de nombreuses années au sein d’un seul parti, accumulant une expérience organisationnelle, parlementaire et gouvernementale, la question devient plus délicate :

Si même les membres de la famille politique sont capables de changer de maison aussi facilement, que reste-t-il de l’idée d’appartenance partisane ?

Le problème ne réside pas dans le fait qu’un homme politique change de parti. La politique n’est pas un mariage catholique, et tout homme politique a le droit de reconsidérer ses choix et de chercher un espace qui corresponde à ses convictions et projets. Mais ce qui est étonnant, c’est qu’un parcours aussi long au sein d’un parti se termine par un départ qui, pour l’observateur, semble banal et ne nécessite même pas d’explication politique convaincante.

Cependant, Mohamed Abou n’est pas simplement un nom sur la liste des membres. L’homme faisait partie du processus décisionnel au sein du parti, du parlement et du gouvernement. Par conséquent, son départ ne peut pas être interprété de la même manière que celui d’un candidat passant d’un village à un autre à la recherche d’une approbation.

Si même les élites réorganisent leurs positions aussi rapidement, il est normal que le citoyen se pose la question : où se termine la conviction et où commencent les calculs électoraux ?

Si celui qui a grandi dans le parti, y a atteint les plus hautes sphères, peut partir de cette manière, quel sens reste-t-il à convaincre le citoyen que les partis sont des projets et des convictions, et non de simples stations électorales ?

Il n’existe peut-être pas de réponse prête à l’emploi.

Et peut-être que la réponse existe, mais elle appartient à ce type de discours que l’on n’entend pas souvent en politique.

En attendant que le décideur explique ou justifie au public la logique de son départ, le citoyen est confronté à un paysage politique marocain qui ne nécessite pas de metteur en scène comique.

Car la réalité, parfois, écrit la dérision d’elle-même.

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