Interdiction de s’asseoir sur la pelouse du front de mer de Rabat : une décision qui approfondit la souffrance sociale et prive les plus démunis de leur seul espace de détente.

Abdel Wahid Zyat
La décision prise par les autorités de Rabat d’interdire aux citoyens de s’asseoir ou de marcher sur l’herbe du front de mer de Rabat comporte de nombreuses injustices. Elle ne prend pas en considération la réalité sociale d’un large éventail de familles modestes qui trouvent dans cet espace leur unique échappatoire gratuit pour leurs enfants et les personnes âgées, dans un contexte où il n’existe pas d’alternatives de loisirs à des prix abordables, surtout que de nombreuses familles n’ont pas les moyens de voyager ou de se détendre en dehors de la ville.
La fermeture de ces espaces verts au public, qui étaient un véritable souffle d’air frais pour les citoyens, a été un choc considerable. Au lieu de mettre en place une gestion de leur utilisation, de contribuer à la sensibilisation à la protection de l’environnement, d’impliquer des associations de la société civile, et de lancer des campagnes de sensibilisation sur l’importance de préserver ces lieux, on a choisi la solution la plus facile et la plus réductrice : l’interdiction totale.
Cette décision constitue un recul par rapport au véritable concept de service public et à la philosophie de réconciliation avec les espaces verts, qui devraient être au service des citoyens. Elle va à l’encontre de ce qui se pratique dans les grandes capitales mondiales qui considèrent leurs espaces verts et pelouses publiques comme un droit humain et social accessible à tous.
Alors que les riches et les nantis disposent de jardins privés dans leurs villas, fermes ou grandes propriétés, l’interdiction de s’asseoir sur l’herbe du front de mer de Rabat et des jardins auparavant accessibles prive les classes modestes de leur droit à profiter d’espaces de proximité, renforçant ainsi les manifestations de la souffrance sociale et de l’exclusion territoriale.
De plus, cette décision aggrave les pressions sociales, économiques et psychologiques dont souffrent de nombreuses familles, les privant d’un espace de détente naturelle et gratuite dont elles profitaient régulièrement. En outre, ces espaces contribuaient, de manière indirecte, à stimuler l’activité économique locale liée aux services et activités environnants.
Nous espérons que les autorités publiques reconsidéreront cette décision. Nous appelons également les autorités élues et les associations de la société civile à défendre le droit des citoyens d’accéder aux espaces verts et d’en profiter de manière raisonnable et responsable. Nous demandons également aux députés de s’engager sérieusement sur ce sujet, compte tenu de ses dimensions sociales, psychologiques et économiques.
La décision unilatérale prise par les autorités publiques ne semble pas suffisamment objective, car elle n’a pas pris en compte les conséquences négatives que cela pourrait engendrer sur le moral de nombreuses familles et citoyens qui vivent déjà sous le poids de pressions sociales et économiques croissantes.




