Art & Culture

Alan Denu, auteur de « La Médiocratie », et Najat Vallaud-Belkacem, auteure de « Le Sevrage Numérique », aux conférences du Festival Thwiza à Tanger.

Dans un geste qui consacre le festival Thwizza à Tanger comme un rendez-vous annuel mêlant préoccupations intellectuelles et questions contemporaines, le philosophe canadien Alain Deneault, auteur du livre « La médiocratie », participe à la vingtième édition du festival qui se tiendra du 23 au 26 juillet. À ses côtés, Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement socialiste de François Hollande, présente également un livre remarqué intitulé « Sevrage numérique : enquête sur notre relation aux écrans et comment s’en libérer », lors d’un dialogue purement intellectuel.

Alain Deneault, qui s’est fait connaître à l’international par sa critique acerbe du « règne des médiocres » et l’essor de la culture de la banalité dans l’espace public, ainsi que son analyse approfondie du vide de sens des institutions, consacrera cette fois sa conférence à un sujet tout aussi actuel et brûlant : « La haine et l’amour à l’ère numérique ». À une époque où les plateformes sociales se transforment en terrains d’attraction et de haine, une question fondamentale se pose : comment l’amour est-il devenu une marchandise numérique, et la haine un moteur d’interaction ? Et comment la pensée critique peut-elle réexaminer ces émotions globalisées ?

Cette présence de qualité souligne la dimension philosophique qui a caractérisé le festival Thwizza depuis sa création il y a vingt ans. Ce festival, issu de la société civile et tirant son nom du mot amazigh « thwiz », qui signifie « solidarité », a su établir un pont entre les préoccupations de la pensée critique et les enjeux sociétaux, loin d’une élitisme fermé ou d’une populisme éculé. En accueillant des personnalités de la stature de Deneault, le festival reste fidèle à sa mission : faire de Tanger, carrefour des civilisations, un laboratoire pour penser les grandes transformations de notre époque.

La participation de Najat Vallaud-Belkacem, qui se penche sur le « sevrage numérique », confère au débat une dimension éducative et politique. Après son expérience à la tête des affaires éducatives en France, elle revient sur le devant de la scène intellectuelle pour tirer la sonnette d’alarme sur l’impact d’une numérisation excessive sur les nouvelles générations, dans un dialogue qui complète la thèse de Deneault sur la banalité du contenu et les algorithmes de la haine.

À une époque où s’élèvent les voix de la banalité et où se réduisent les espaces de la pensée profonde, le festival Thwizza prouve que la culture n’est pas un luxe, mais une nécessité pour retrouver du sens. Il n’est donc pas surprenant que cet événement tangérois célèbre sa vingtième année, portant avec lui de grandes questions et prenant rendez-vous avec un public qui croit que la véritable pensée est celle qui palpite aux préoccupations des gens et n’a pas peur d’affronter les questions de notre temps.

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