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La syndicat de la santé avertit sur les retards dans la réforme du système de santé et demande au gouvernement d’améliorer les conditions des professionnels et de renforcer la souveraineté pharmaceutique.

La Confédération marocaine des professions de santé et des produits de santé a adressé une lettre ouverte à la cheffe du gouvernement, dans laquelle elle appelle à accélérer la réforme du système de santé nationale, à améliorer les conditions professionnelles et sociales des travailleurs du secteur, à traiter les déséquilibres liés à la mise en œuvre des groupes de santé territoriale, ainsi qu’à renforcer l’investissement dans l’industrie biomédicale et à garantir la sécurité médicamenteuse au Maroc.

La confédération a souligné, dans sa correspondance, la nécessité d’adopter une politique proactive en matière de gestion des ressources humaines de santé, fondée sur l’évaluation des besoins réels de chaque région, et de combler le manque d’effectifs médicaux, paramédicaux et techniques, tout en assurant une distribution équitable des ressources humaines, notamment dans les zones souffrant d’un déficit de services de santé.

Elle a également demandé des éclaircissements sur les perspectives professionnelles des diplômés des instituts supérieurs des métiers de la santé et des techniques de santé, l’organisation régulière de concours de recrutement, ainsi que l’amélioration des salaires et des compensations, tout en limitant l’exode des compétences de santé vers l’étranger ou leur transfert vers le secteur privé.

Le syndicat a insisté sur la nécessité de mettre en œuvre pleinement la loi n° 09.22 relative à la fonction sanitaire et d’accélérer l’émission de ses textes d’application, garantissant ainsi l’amélioration de la situation matérielle des professionnels de santé, ainsi que l’établissement d’indemnités équitables pour la garde, l’obligation, les responsabilités et les risques professionnels, ainsi que pour le travail dans les zones rurales et dans les services soumis à une forte pression.

Dans cette optique, le syndicat a appelé à permettre aux travailleurs du secteur de poursuivre leur parcours académique et scientifique, en facilitant l’accès aux licences, masters et doctorats, et en prenant en compte les diplômes obtenus pour la promotion et le parcours professionnel, contribuant ainsi au développement des compétences et à l’amélioration de la qualité des services de santé.

Les groupes de santé territoriale sous les projecteurs

Commentant ces demandes, Mohamed Ahriawa, président de la Confédération marocaine des professions de santé et des produits de santé, a déclaré que le système de santé national traverse une phase de transformation importante, dans le cadre de l’implémentation de réformes structurelles, dont l’une des principales est la création de groupes de santé territoriale.

Il a précisé que ces réformes nécessitent de fournir les ressources humaines, matérielles et logistiques nécessaires, et d’adopter une gouvernance claire qui définit les compétences et les responsabilités, tout en impliquant les professionnels de santé et leurs représentants à toutes les étapes de l’exécution, et en préservant les droits et les acquis professionnels.

Il a indiqué que l’expérience des groupes de santé territoriale dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma a connu, selon son évaluation, certains revers et échecs, attribués à ce qu’il a qualifié d’improvisation dans la gestion et le transfert des ressources humaines.

Il a ajouté que la nomination de directeurs pour plusieurs groupes de santé territoriale ne s’est pas traduite, selon ses déclarations, par un changement tangible sur le terrain, en raison de la persistance des problèmes liés aux ressources humaines. Il a considéré que la phase suivante nécessite de passer de la création des structures organisationnelles à la mise en œuvre effective des réformes et à l’obtention de résultats concrets en matière de services offerts aux patients.

Le président du syndicat a souligné que le succès de ces groupes ne devrait pas se limiter à une réorganisation de la gestion administrative, mais doit principalement être évalué en fonction de l’amélioration de la qualité des soins, de la facilitation de l’accès des citoyens aux services de santé, et de la garantie de la continuité des soins pour les patients.

L’industrie biomédicale et la sécurité médicamenteuse

Concernant l’investissement dans le secteur de la santé, Ahriawa a appelé à encourager l’industrie biomédicale et à surmonter les obstacles administratifs qui freinent son développement, considérant que le renforcement de la production locale et le transfert de technologies représentent des axes essentiels pour réaliser la souveraineté sanitaire et réduire la dépendance vis-à-vis des marchés étrangers.

Il a également mis en garde contre la persistance de problèmes liés à l’interruption de certains médicaments, notamment ceux destinés aux maladies chroniques, et des répercussions négatives que cela pourrait avoir sur la santé des patients et la continuité de leurs traitements.

De son côté, le syndicat a exigé la simplification et la numérisation des procédures d’importation de médicaments et de produits de santé, ainsi que le renforcement de la coordination entre l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé et la Direction des douanes, en plus de la facilitation des procédures d’enregistrement des produits médicaux et de la révision des droits de douane appliqués aux équipements médicaux, et de la constitution d’un stock stratégique de médicaments et de produits essentiels.

Il a également appelé à intégrer l’industrie de la santé parmi les priorités de la charte d’investissement, et à mettre en place une stratégie nationale d’intégration locale et de transfert de technologie, en partenariat avec les universités et les laboratoires de recherche scientifique, tout en fournissant des mécanismes de financement adaptés aux petites et moyennes entreprises évoluant dans le secteur de la santé.

Appel à rétablir l’équilibre entre les secteurs public et privé

Quant à la couverture santé obligatoire, le président du syndicat a soulevé la question de la répartition des dépenses d’assurance maladie obligatoire entre les secteurs public et privé, signalant qu’environ 90 % du budget de cette couverture est dirigé, selon les données qu’il a citées, vers le secteur privé.

Il a jugé que cette situation exige de renforcer l’attractivité du secteur de la santé public, d’améliorer la qualité de ses services et les conditions de travail de ses professionnels, afin d’assurer un meilleur équilibre au sein du système de santé et de renforcer la capacité des institutions publiques à attirer les patients et à répondre à leurs besoins.

Dans le même ordre d’idées, le syndicat a insisté sur la nécessité d’établir des règles de transparence et de concurrence loyale dans les marchés publics liés au secteur de la santé, en adoptant des cahiers des charges impartiaux, en publiant les appels d’offres et leurs résultats, et en généralisant le dépôt électronique, afin d’éviter toute pratique susceptible de restreindre la concurrence ou de privilégier un fournisseur spécifique.

Ces demandes placent le gouvernement et le secteur de la santé face à des défis interconnectés, liés au renforcement des ressources humaines, à la garantie de la continuité des réformes, à l’amélioration de l’accès aux soins, et au renforcement de la sécurité médicamenteuse. Le syndicat souligne, à travers sa lettre, que le succès du chantier de la réforme de la santé reste conditionné par la traduction des engagements juridiques et réglementaires en mesures concrètes ayant un impact sur les conditions de travail des professionnels et sur la qualité des services de santé offerts aux citoyens.

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