Qui a rejoint qui ? Fawzi Lekjaa s’est-il associé au Parti de l’Authenticité et de la Modernité, ou est-ce le parti qui s’est rapproché de Lekjaa ?

Le pays.ma
L’annonce de Fatima Zahra Mansouri, hier, de l’adhésion de Fawzi Lekjaa au Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM) n’était pas qu’une nouvelle politique passagère, mais un événement politique qui a réorganisé de nombreuses interprétations concernant les préparatifs des élections du 23 septembre prochain.
Cela a également conféré une plus grande crédibilité aux récits qui, depuis des mois, parlent de la préparation de l’homme à entrer dans l’arène électorale, non pas en tant que candidat ordinaire, mais en tant que figure pouvant être envisagée pour diriger le prochain gouvernement, ou ce que certains appellent désormais le « gouvernement Mondial 2030 ».
Cependant, la question qui se pose aujourd’hui n’est pas seulement : pourquoi Lekjaa a-t-il choisi le PAM ?
Mais une autre question encore plus fascinante : qui a rejoint qui ? Fawzi Lekjaa a-t-il intégré le parti du « tracteur », ou est-ce le parti qui a rejoint le projet de Lekjaa ?
Il est difficile de nier que Lekjaa entre dans la vie politique avec un capital politique, administratif et populaire exceptionnel.
Ce n’est pas simplement un responsable gouvernemental occupant le poste de ministre délégué chargé du budget, mais aussi l’homme dont le nom est associé aux transformations majeures que le football marocain a connues ces dernières années, allant de l’exploit de l’équipe nationale lors de la Coupe du Monde au Qatar à l’obtention de l’organisation de la Coupe du Monde 2030, en passant par des réformes structurelles au sein de la Fédération royale marocaine de football, qui en fait un modèle de gestion.
Ce capital fait de son adhésion à tout parti un ajout de valeur pour ce dernier, mais, en contrepartie, cela impose au parti de s’adapter à une personnalité de poids et de présence, plus que cela ne demande à cette personnalité de se fondre dans la structure organisationnelle du parti.
C’est pourquoi la question demeure valide : le parti a-t-il attiré Lekjaa, ou a-t-il vu en lui une opportunité pour repositionner son image et augmenter ses chances de conduire la prochaine phase ?
Cependant, réussir dans la gestion du football ne signifie pas, par essence, réussir à diriger un gouvernement. Il y a une nette distinction entre la gestion d’une institution sportive, peu importe son importance, et la gestion d’un gouvernement face aux défis de l’économie, de l’éducation, de la santé, de l’emploi, de l’investissement, de la justice spatiale, et des politiques sociales.
Il est vrai que des compétences telles que le leadership, la prise de décision, la négociation et la construction d’équipes sont partagées entre ces deux domaines, mais la politique demeure plus complexe car elle repose sur des équilibres partisans, des tensions parlementaires et des consensus sociaux, et pas seulement sur la logique de la réalisation technique.
D’autre part, le passage de Lekjaa d’une position de « technocrate fort » ou de responsable administratif influent à celle d’un acteur politique ouvre la porte à une phase totalement différente.
Dans l’administration, la performance peut être mesurée par des chiffres et des résultats, tandis qu’en politique, le succès repose également sur la capacité à gagner la confiance des citoyens, à supporter les critiques, à gérer les désaccords, et à mener des campagnes électorales avec tous leurs enjeux et polarités.
L’entrée de Lekjaa dans l’arène politique pourrait marquer le début d’une nouvelle ascension vers la présidence du gouvernement, mais cela pourrait également signaler le début d’une période plus difficile.
L’homme qui a longtemps été perçu comme un responsable compétent et conciliateur va désormais entrer dans un espace politique qui ne reconnaît que la logique de l’alignement et du conflit, où le succès passé devient un test constant, et où les réalisations se transforment en un plafond élevé pour la responsabilité.
La question la plus pressante demeure : Fawzi Lekjaa peut-il transférer le modèle de gestion qui a caractérisé son expérience dans le football à la gestion des affaires publiques ?
Et est-ce que le succès dans un grand projet sportif national suffit pour le qualifier à diriger un gouvernement qui mènera le Maroc à l’une des phases les plus sensibles, celle de l’achèvement des grands projets et de la préparation pour accueillir la Coupe du Monde 2030 ?
La réponse ne sera pas déterminée par l’annonce de son adhésion au PAM, ni par les conjectures en cours dans les coulisses, mais elle sera d’abord tranchée par les urnes, puis par la capacité de l’homme, s’il accède à la responsabilité politique suprême, à transformer son capital de succès en un projet gouvernemental intégré.
D’ici là, la question demeure : Lekjaa a-t-il rejoint le « tracteur », ou est-ce que le « tracteur » a rejoint la locomotive appelée Fawzi Lekjaa !




