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Tensions croissantes entre Washington et Téhéran : incertitudes autour des négociations à Islamabad et effondrement du cessez-le-feu.

Lundi, l’incertitude plane sur les efforts d’organiser de nouvelles négociations à Islamabad entre Washington et Téhéran, après le refus de l’Iran de confirmer sa participation, tandis que les États-Unis ont saisi un navire de fret iranien, à deux jours de l’expiration du cessez-le-feu entre les deux pays.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a accusé les États-Unis de ne pas prendre la voie diplomatique au sérieux et de violer le cessez-le-feu en place depuis deux semaines, tout en précisant que Téhéran n’avait pas encore décidé de sa participation aux négociations.

Le président américain Donald Trump a annoncé dimanche l’envoi d’une délégation dans la capitale pakistanaise, afin de relancer les pourparlers visant à mettre un terme définitif à la guerre déclenchée le 28 février, après des frappes israélo-américaines contre la République islamique.

Peu après ses déclarations, les médias officiels iraniens ont rapporté que Téhéran ne prévoyait pas de participer à de nouvelles discussions avec les États-Unis.

Lundi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismail Baghaei, a indiqué que « tandis que les États-Unis prétendent promouvoir la diplomatie et être prêts aux négociations, leurs actions ne laissent en rien penser qu’ils sont sérieux à poursuivre le processus diplomatique. »

Il a considéré que la saisie par Washington d’un navire de fret iranien, le blocus des ports de la République islamique et le retard dans l’application de la trêve au Liban constituent tous des « violations claires du cessez-le-feu ». Il a ajouté : « Nous n’avons pas de plans concernant le prochain tour de négociations et aucune décision n’a été prise à cet égard. »

Avec l’échéance imminente de la trêve de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, la médecin Mariam Mogheis (30 ans), originaire de Téhéran, a déclaré : « Quoi qu’il arrive, les perdants seront le peuple iranien. »

De son côté, Sagar (39 ans), également de Téhéran, a confié à l’AFP : « Cette trêve maudite nous a anéantis, il n’y a pas d’espoir en vue, la situation économique est désastreuse, ils arrêtent des gens sans raison, les exécutions sont fréquentes et les nouvelles sont très mauvaises. »

Par ailleurs, l’Autorité de l’aviation civile a annoncé la réouverture des aéroports Imam Khomeini et Mehrabad à Téhéran, après une fermeture de plusieurs semaines due à la guerre.

– « Acte de piraterie armée » –

En attendant la confirmation de la tenue des négociations, la sécurité à Islamabad a été renforcée dimanche, des routes étant fermées et des barbelés installés, selon les observations des journalistes de l’AFP.

Le blocus imposé par les États-Unis sur les ports iraniens figure parmi les points de blocage majeurs entre les deux parties. Cela semble devenir plus complexe après l’annonce de Trump selon laquelle un destroyer américain aurait ouvert le feu sur un navire iranien tentant de briser ce blocus, Téhéran ayant juré de riposter.

Avant d’annoncer la saisie du navire de fret, Trump avait dénoncé des attaques imputées à l’Iran contre plusieurs navires commerciaux tentant de traverser le détroit d’Ormuz, après que Téhéran a annoncé avoir rétabli une « gestion stricte » dans cette zone.

Selon un site de suivi de la navigation maritime, les passages du détroit ont chuté à zéro dimanche.

Trump a écrit sur sa plateforme « Truth Social » dimanche que le navire de fret Touska, battant le pavillon iranien, « avait tenté de briser notre blocus maritime ».

En Iran, le porte-parole du « QG Khatam al-Anbiya », la salle de commandement centrale des forces iraniennes, a promis une réponse « bientôt » à cet « acte de piraterie armée » qui viole le cessez-le-feu.

L’agence Tasnim a rapporté qu’Iran avait envoyé des drones vers les navires militaires américains ayant « attaqué » le navire Touska.

Pour sa part, le président chinois Xi Jinping a souligné lors d’un appel téléphonique avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l’importance de maintenir le trafic maritime normal dans le détroit d’Ormuz, selon les médias officiels.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, a exprimé lors d’une conférence de presse son inquiétude face à l’intervention violente des États-Unis sur le navire en question, appelant à une reprise des négociations entre Washington et Téhéran.

Face à une intensification des tensions, les prix du pétrole ont de nouveau augmenté lundi lors des échanges matinaux en Asie, le baril de West Texas Intermediate, référence américaine, atteignant 90,17 dollars, avec une hausse de 7,5 %, tandis que le brut Brent, référence internationale, a augmenté de 6,5 % pour atteindre 96,27 dollars le baril.

– Abrogation de « la ligne jaune » –

Au Liban, le président Joseph Aoun a confirmé que l’objectif des prochaines négociations bilatérales avec Israël est d’arrêter les hostilités et de mettre fin à l’occupation par ses forces de certaines zones dans le sud du pays, précisant que l’ancien ambassadeur à Washington, Simon Karam, dirigera la délégation libanaise.

Un cessez-le-feu fragile est en vigueur depuis minuit jeudi dernier entre le Hezbollah et Israël, après la déclaration de Trump d’une trêve de dix jours entre les deux parties, qui mènent une guerre depuis le 2 mars, faisant environ 2 300 morts et plus d’un million de déplacés, principalement du sud du Liban et de la banlieue sud de Beyrouth.

Le Hezbollah et ses partisans refusent des négociations directes avec Israël. Ils ont également rejeté la décision prise par le gouvernement libanais après la guerre de 2024 de désarmer le parti. Ils accusent le président libanais de « capitulation » et de « lâcheté ».

Lundi, le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a confirmé à l’AFP que « c’est dans l’intérêt du président de la République de sortir du processus de négociation directe avec Israël ».

Il a ajouté : « Personne, ni au Liban ni à l’étranger, ne pourra désarmer le Hezbollah », précisant que son parti s’efforcera d’abroger « la ligne jaune » que les Israéliens ont déclarée établir dans le sud du Liban.

Il y a quelques jours, l’État hébreu a annoncé la création d’une « ligne jaune » dans le sud du pays séparant ses zones d’occupation des autres régions, à l’instar de ce qu’il avait fait à Gaza.

Lundi, l’armée israélienne a averti les habitants d’environ 80 villages dans le sud du Liban de ne pas revenir chez eux, affirmant que les activités du Hezbollah y se poursuivaient malgré le cessez-le-feu.

Dans le même temps, des milliers de déplacés ont commencé à retourner chez eux dans des dizaines de villages du sud du Liban depuis l’entrée en vigueur de la trêve vendredi.

De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis de prendre des « mesures disciplinaires sévères » à l’encontre d’un soldat apparaissant sur une photo en train de frapper à coups de marteau une statue du Christ dans le sud du Liban.

Par ailleurs, les Émirats ont annoncé lundi avoir démantelé un groupe qu’ils ont qualifié de lié à l’Iran et ayant prévu de mener des actes « terroristes et de sabotage systématiques » dans le pays, ainsi que l’arrestation de ses membres.

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