Trois organisations professionnelles de pharmaciens proposent des modifications fiscales pour sauver les pharmacies et encourager la stabilité professionnelle des jeunes.

Trois organisations professionnelles représentant le secteur de la pharmacie, à savoir la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc, le Syndicat national de la presse marocaine et l’Union nationale des pharmaciens du Maroc, ont proposé deux amendements à l’article 7 du projet de loi de finances n° 60.26 pour l’année budgétaire 2027, dans le but de remédier à certaines dysfonctionnements dans le secteur et de faciliter le transfert de propriété des pharmacies des pharmaciens proches de la retraite vers les jeunes générations, tout en reconnaissant fiscalement certaines pertes liées à l’activité pharmaceutique.
Dans leur note de présentation datée d’octobre 2026, les trois organisations s’appuient sur ce qu’elles décrivent comme un déséquilibre entre les pharmaciens ayant atteint l’âge de la retraite et qui ne quittent pas la profession, et les jeunes diplômés qui se trouvent confrontés à des difficultés d’intégration professionnelle, dans un contexte d’augmentation du nombre de pharmacies et de diminution du chiffre d’affaires moyen.
Selon les données fournies dans le document, le nombre de pharmaciens titulaires de pharmacies au Maroc est d’environ 15 060 en 2026, dont 15,3 % ont 60 ans ou plus, soit près de 2 300 pharmaciens. Les organisations s’attendent à ce que ce pourcentage atteigne 28,4 % dans cinq ans et 44,1 % dans dix ans.
En revanche, le document indique qu’environ un quart des pharmaciens ont moins de 35 ans, et que le nombre de nouveaux inscrits aux conseils régionaux de l’Ordre des pharmaciens a atteint 962 en 2024.
Les organisations estiment que l’absence d’un système de retraite obligatoire pour les pharmaciens de pharmacies, ainsi que le fait que les bénéfices provenant de la cession de la pharmacie soient soumis à l’impôt sur le revenu selon un barème progressif, dont le taux maximum atteindra 37 % en 2027, poussent de nombreux pharmaciens âgés à retarder leur départ à la retraite, considérant que le prix de la cession constitue, dans de nombreux cas, leur source principale de revenus pour assurer leur retraite.
En conséquence, les jeunes diplômés choisissent de créer de nouvelles pharmacies plutôt que d’acquérir celles existantes, ce qui contribue, selon le document, à une saturation du réseau et à la baisse de la rentabilité économique des pharmacies. Les organisations s’appuient sur l’avis du Conseil de la concurrence n° 6/25/A, qui a enregistré une augmentation du nombre de pharmacies, passant de 9 185 en 2015 à 14 134 en 2024, tandis que la croissance de la population n’a pas dépassé 8,8 % durant la même période. De plus, le chiffre d’affaires moyen des pharmacies a chuté de 1,1 million de dirhams en 2016 à environ 950 000 dirhams en 2024.
Taxe de 10 % sur la cession de pharmacies à la retraite
La première proposition consiste à établir un taux d’imposition spécifique de 10 % sur le bénéfice net résultant de la cession de la pharmacie, à condition que le cédant soit un pharmacien exerçant en tant que personne physique, qu’il ait au moins 60 ans au moment de la cession, et que la vente porte sur l’ensemble de l’actif commercial, avec un arrêt définitif de l’exercice de la pharmacie et la radiation du concerné de l’Ordre des pharmaciens.
Cette mesure vise, selon les auteurs de la proposition, à encourager les pharmaciens arrivés à la retraite à céder leurs pharmacies et à les remettre sur le marché pour les jeunes diplômés, permettant ainsi à ceux-ci de s’établir professionnellement en acquérant des pharmacies existantes, plutôt que de créer de nouvelles unités qui contribuent à l’augmentation de la densité du réseau.
Les organisations soulignent que cette réduction d’impôt ne s’applique pas aux pharmaciens qui poursuivent leur activité après la cession, et qu’elle n’affecte pas les taxes liées à l’activité en cours ni aux cotisations sociales.
Déduction fiscale pour atténuer les pertes liées à l’activité pharmaceutique
La seconde proposition concerne l’instauration d’une déduction forfaitaire de 3 % de l’assiette fiscale, calculée sur le chiffre d’affaires hors taxe sur la valeur ajoutée, sans dépasser un plafond de 60 000 dirhams par exercice comptable.
Cette mesure vise à reconnaître les pertes supportées par les pharmacies en raison de la nature de leur activité, notamment les stocks de sécurité, les médicaments périmés, les créances irrécouvrables et les services non réglés, des coûts qui sont, selon le document, difficiles à prouver avec des justificatifs comptables séparés.
La proposition stipule qu’il ne sera pas possible de cumuler cette déduction avec toute autre déduction pour pertes de même nature dans les charges constatées, et qu’il est interdit qu’elle entraîne un déficit fiscal ou un déficit reportable.
Les organisations précisent que cette mesure ne réintroduit pas le régime fiscal antérieur dont a bénéficié la profession jusqu’au 1er janvier 2005, mais propose un nouveau mécanisme à un taux inférieur et avec un plafond défini, en visant principalement les pharmacies ayant un chiffre d’affaires limité.
Deux mesures indépendantes sans dépenses supplémentaires pour le budget
Les trois organisations insistent sur le fait que les deux propositions sont indépendantes et peuvent être adoptées chacune séparément, sans engendrer de nouvelles dépenses dans le budget ou exiger la création d’organismes administratifs ou de textes réglementaires supplémentaires.
Elles estiment que l’adoption de ces propositions contribuerait à faciliter le transfert de propriété des pharmacies, à améliorer les opportunités d’intégration des jeunes diplômés, à réduire la précarité des unités pharmaceutiques et à préserver le réseau des pharmacies de proximité, tout en permettant à l’État de générer des recettes fiscales issues de cessions qui ne se réaliseraient pas dans le cadre actuel.
Les organisations ont joint à leurs propositions des rédactions législatives visant à intégrer les amendements dans l’article 7 du projet de loi de finances pour l’année 2027, appelant à leur adoption dans le cadre de la résolution des déséquilibres économiques et sociaux que connaît le secteur pharmaceutique.




