Ce que le Dr Kamel El Hachoumi, ministre chargé du décrochage scolaire, doit affronter.

Le ministre Kamel El Hachimi, en charge du dossier de l’éducation préscolaire et du décrochage scolaire au Maroc, se trouve confronté à l’un des défis les plus urgents au sein du système éducatif, alors que des centaines de milliers d’élèves continuent d’abandonner l’école, malgré les programmes lancés par l’État pour endiguer ce phénomène, et les efforts déployés pour réintégrer les enfants décrocheurs dans les classes.
Les chiffres officiels révèlent l’ampleur de la tâche qui l’attend ; le nombre d’élèves ayant abandonné l’école publique au cours de l’année scolaire 2024-2025 s’élève à 276 179 élèves, d’après les données du ministère de l’Éducation nationale rapportées dans le rapport annuel du Conseil économique, social et environnemental.
Il ne s’agit pas seulement de chiffres statistiques, mais de centaines de milliers de parcours scolaires interrompus, avec toutes les problématiques sociales et économiques que cela implique, de la difficulté à s’intégrer sur le marché du travail aux risques d’exclusion, de précarité et de reproduction de la pauvreté.
### Collège… la phase la plus fragile
La cartographie du décrochage scolaire place le collège au premier plan des priorités, avec 144 744 cas d’abandon signalés durant l’année scolaire 2024-2025, contre 72 796 cas dans l’enseignement primaire et 58 639 dans l’enseignement secondaire.
Ces chiffres indiquent que plus de la moitié des abandons se concentrent au niveau du collège, ce qui impose au ministre de donner la priorité à cette phase, en diagnostiquant les raisons du départ des élèves des établissements scolaires, et en faisant la distinction entre les échecs scolaires, les difficultés sociales, l’éloignement des établissements, l’attrait faible de l’école, et d’autres facteurs qui peuvent varier d’une région à l’autre.
La gestion de ce phénomène nécessite également un passage d’une intervention après l’abandon à une prévention précoce, en surveillant les absences répétées, en accompagnant les élèves menacés de décrochage, et en leur fournissant un soutien éducatif, psychologique et social, ainsi qu’à leurs familles.
### Le monde rural au cœur de l’équation
Le milieu rural représente l’un des domaines nécessitant une attention particulière dans la lutte contre le décrochage scolaire. Les élèves en provenance de ce milieu constituent environ 45,5 % du total des abandons durant l’année scolaire 2022-2023, d’après les données fournies par le Conseil national des droits de l’homme.
Ce pourcentage souligne l’importance des facteurs territoriaux et sociaux pour expliquer le décrochage, notamment en ce qui concerne l’éloignement des établissements éducatifs, les difficultés de transport, le coût de la scolarité, et la précarité économique des familles.
Ainsi, la responsabilité du ministre en charge de ce dossier ne se limite pas à la coordination des programmes éducatifs, mais s’étend à garantir la synergie des interventions des secteurs de l’éducation, des transports et de la protection sociale, ainsi que des collectivités territoriales et des autorités locales, en collaboration avec les associations de la société civile.
L’élève qui quitte l’école en raison de l’absence de moyens de transport ou de l’incapacité de sa famille à supporter les coûts de la scolarité a besoin de solutions qui dépassent les murs de l’établissement scolaire. Cela rend la coordination entre les secteurs gouvernementaux essentielle au succès de toute stratégie nationale pour lutter contre ce phénomène.
### Réintégrer les élèves à l’école… un pas insuffisant à lui seul
L’opération « De l’enfant à l’enfant » durant l’année scolaire 2024-2025 a mis en lumière les efforts déployés pour réintégrer les décrocheurs, puisque 93 245 enfants et adolescents non scolarisés ont été recensés, et 78 221 élèves ont été réintégrés, selon les données du ministère de l’Éducation nationale.
Ce bilan indique un potentiel pour rattraper un certain nombre de situations d’abandon, mais pose la question fondamentale : dans quelle mesure le système éducatif peut-il garantir la continuité de ces élèves dans leur scolarité et éviter qu’ils ne décrochent à nouveau ?
La réintégration n’est pas la fin de la mission, mais son commencement. Le véritable enjeu réside dans la création des conditions de poursuite et de réussite, à travers le soutien scolaire, l’accompagnement social, l’amélioration des conditions d’accueil dans les établissements éducatifs, et le renforcement de la communication avec les familles.
Le ministre en charge de ce dossier doit établir un mécanisme précis pour suivre les bénéficiaires des programmes de réintégration, mesurer leurs taux de continuité scolaire, et identifier les cas de décrochage répété, afin de ne pas transformer le bilan annuel en un simple chiffre d’élèves revenus dans les salles de classe, sans connaître leur sort lors des années suivantes.
### Les colléges d’élite à l’épreuve
Les résultats annoncés concernant les collèges d’élite ouvrent une autre voie pour évaluer l’impact des réformes éducatives sur le décrochage scolaire. Le taux d’abandon a relativement diminué au sein des établissements concernés, passant de 8,4 % durant l’année scolaire 2023-2024 à 4,45 % durant l’année scolaire 2024-2025, d’après les données gouvernementales publiées.
Bien que ces indicateurs méritent d’être suivis, l’évaluation de l’impact du programme exige de faire la distinction entre les résultats enregistrés dans les établissements bénéficiaires et l’évolution générale du phénomène à l’échelle nationale, ainsi que de vérifier la pérennité des améliorations constatées.
De plus, la généralisation des expériences réussies dépendra de l’identification des facteurs ayant contribué à la réduction du décrochage, et de la faisabilité de leur application dans d’autres établissements qui diffèrent en termes d’infrastructure, de ressources humaines et de milieu social des élèves.
### Des chiffres à la reddition de comptes sur les résultats
L’un des défis majeurs qui attendent le ministre en charge du décrochage scolaire, Dr. Kamel El Hachimi, est l’instauration d’un système national clair pour le suivi de ce phénomène, basé sur la publication de données actualisées et régulières, réparties par régions, provinces, niveaux d’enseignement, sexe et milieux urbains et ruraux.
La lutte contre le décrochage scolaire nécessite également de fixer des objectifs annuels mesurables, en annonçant le nombre d’élèves protégés contre l’abandon, le nombre réintégrés, le pourcentage de ceux qui poursuivent leurs études, le coût financier des programmes, et les résultats obtenus par rapport aux objectifs annoncés.
Il est aussi crucial de clarifier les limites des responsabilités entre le ministère compétent, les établissements éducatifs et les secteurs intervenants, afin de ne pas diluer la responsabilité des résultats au sein de la multiplicité des programmes et des intervenants.
La lutte contre le décrochage scolaire n’est pas simplement une initiative sociale parallèle à la réforme de l’éducation, mais un véritable test de la capacité de l’école publique à conserver ses élèves, garantir leur droit à une éducation de qualité, et transformer l’égalité des chances d’un principe constitutionnel en une réalité tangible.
### Budget et prérogatives… condition du succès du ministre dans la lutte contre le décrochage scolaire
Le succès du ministre chargé du dossier du décrochage scolaire dépendra de la disponibilité d’un budget suffisant pour la mise en œuvre des programmes sur le terrain, et de ne pas se limiter à lui conférer des responsabilités politiques sans lui fournir les moyens nécessaires pour accomplir sa mission.
Faire face à ce phénomène exige des ressources financières, humaines et logistiques qui soient à la hauteur de l’enjeu, ainsi qu’une large marge de manœuvre, et une réelle autonomie dans la prise de décisions et la coordination des interventions entre les différents secteurs et institutions concernés.
En effet, la lutte contre le décrochage scolaire ne peut tolérer de lenteurs administratives ou de chevauchements de compétences, mais nécessite clarté des responsabilités, rapidité d’intervention et capacité à trouver des solutions adaptées aux spécificités des régions et des groupes ciblés.
Ainsi, soumettre le ministre à la responsabilité de la réalisation des résultats doit s’accompagner d’une dotation budgétaire et de prérogatives nécessaires, afin que sa mission ne devienne pas qu’un simple slogan politique, mais un véritable projet gouvernemental susceptible d’évaluation et de responsabilité en fonction des résultats concrets obtenus dans la réduction des abandons scolaires.
### Un enjeu qui dépasse l’école
La statistique enregistrée durant l’année scolaire 2024-2025, faisant état de plus de 276 000 cas d’abandons, met le ministre en charge de ce dossier face à une responsabilité qui transcende la gestion des programmes et des procédures temporaires, pour inclure la construction d’une politique préventive visant les causes directes et indirectes de l’abandon scolaire.
En effet, le succès ne se mesurera pas uniquement au nombre d’élèves réintégrés dans les salles de classe, ni par le nombre d’établissements ayant bénéficié des programmes de réforme, mais par la diminution du décrochage à l’échelle nationale, la capacité des élèves à poursuivre leur éducation, et la réduction des disparités territoriales et sociales qui rendent les chances de réussite inégales.
En fin de compte, le véritable test pour le ministre sera de passer de la gestion des conséquences du décrochage scolaire à sa prévention, et de l’annonce de chiffres à la présentation d’un bilan mesurable et imputable.
Derrière chaque élève qui quitte l’école prématurément, il y a une opportunité éducative perdue, un défi social nouveau, et une responsabilité qui incombe à tout un système.




