Société

Analyse approfondie : La crise de Ceuta n’est pas sortie de nulle part : une économie frontalière en détresse attendait l’étincelle.

Le Centre africain d’études stratégiques et de numérisation a publié un document analytique sur la crise de Ceuta et ses conséquences sur la jeunesse marocaine. Il appelle à mettre « l’humain d’abord » dans l’approche du dossier, mettant en garde contre le fait que se limiter à évoquer les chiffres et les bilans officiels des victimes et des disparus masque des dimensions humaines plus larges qui ne figurent pas encore dans aucune statistique officielle.

Le document examine la situation économique particulière de la région de Fnideq, considérée comme le point de départ effectif de la crise, et avertit contre le simple lien entre l’incident et des indicateurs nationaux généraux. Selon les données du recensement général de la population et de l’habitat de 2024, le taux d’activité dans la province de Mdiq-Fnideq a chuté à 45,3 % contre 51,4 % en 2014, tandis que le taux de chômage a grimpé à 29 % par rapport à 18 % il y a dix ans, soit une différence d’environ dix points par rapport au taux régional de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, qui est de 19,6 %. Le chômage chez les femmes a atteint 37,4 %, alors que leur taux d’activité n’a pas dépassé 20,4 %.

Le document précise que ces chiffres ne signifient pas que tous ceux qui ont participé à la tentative de traversée étaient des habitants de Fnideq ou au chômage, car des participants venaient d’autres villes, et il y avait également des travailleurs et des mineurs parmi eux.

Cependant, il souligne que la région constitue un terrain quotidien de contact avec des disparités notables en matière de salaires, de services et d’opportunités d’emploi, au travers de frontières de courte distance, au sein d’un marché du travail local sous forte pression, ce qui en fait un terreau fertile pour la propagation de rumeurs qui ne nécessitent pas un raisonnement théorique complexe, mais se contentent de réduire le coût de la décision tout en fournissant une date, un lieu et un parcours imaginaires.

Le document attire l’attention sur une tentative similaire survenue en septembre 2024, quelques mois avant l’événement de 2026, ce qui indique – bien que la continuité des mêmes réseaux ou l’existence d’une gestion extérieure organisée n’aient pas été prouvées – que des signaux d’alerte précoces étaient présents sur la base d’un schéma connu.

Il appelle à une approche combinant la surveillance publique des discours de provocation sans nuire à la liberté d’expression, à une communication préventive locale, et à la médiation au sein des écoles et des maisons de la jeunesse, ainsi qu’à une réponse opérationnelle spécifique aux zones frontalières.

Le document souligne que les recommandations nationales ont besoin d’un composant territorial spécifique pour Fnideq, Mdiq et Tétouan, englobant la diversification des sources de revenus non saisonniers, l’ouverture de voies vers les emplois du port de Tanger Med ainsi que vers les secteurs de l’industrie, des services et de l’assistance, la fourniture de transports et de logements proches des lieux de travail, l’encadrement des petits métiers, et la création d’une plateforme locale pour le retour à l’éducation ou à l’emploi.

Il conclut que la gestion des frontières ne se fait pas seulement par le déploiement sécuritaire, mais aussi par la capacité de la ville située en face à offrir un avenir crédible à ses habitants.

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