Légalisation du cannabis au Maroc : un projet de développement en panne entre promesses de richesse et réalités d’échec gouvernemental

Le Maroc a lancé depuis plusieurs années un chantier de régulation de la culture du cannabis dans le cadre d’une approche développementale visant à transformer une activité informelle en un secteur structuré, capable de générer de la richesse et d’améliorer les conditions de vie des populations dans les zones de culture, notamment en milieu rural.
Cette initiative a été accompagnée de nombreuses actions humanitaires royales, parmi lesquelles l’amnistie accordée à un certain nombre de condamnés pour des affaires de culture illégale, ainsi que la création d’un cadre juridique et institutionnel nouveau, dont l’élément phare est l’Agence nationale de régulation des activités liées au cannabis.
Cependant, la mise en œuvre de ce chantier suscite aujourd’hui un large débat concernant la portée limitée de ses résultats en matière de développement territorial et social.
Premièrement : Une ambition grande face à des résultats restreints
Malgré le cadre juridique et réglementaire mis en place, ainsi que le lancement de plusieurs licences et projets, de nombreuses problématiques demeurent :
- Lenteur de la transition de l’économie informelle vers une économie structurée et efficace.
- Limitation des retombées des investissements sur le revenu local des populations des zones de culture.
- Faible développement des chaînes de valeur industrielles, notamment dans les domaines de la transformation médicale et pharmaceutique.
- Retard dans la création d’un tissu industriel solide capable d’absorber la production et de réaliser une valeur ajoutée.
Deuxièmement : Problématique de la gouvernance et de la coordination des acteurs
Parmi les défis majeurs posés :
- Multiplication des acteurs institutionnels sans clarté suffisante dans les rôles.
- Manque de coordination entre les agriculteurs, les investisseurs et les autorités de régulation.
- Lenteur à simplifier les démarches administratives pour obtenir des licences.
- Absence d’indicateurs transparents et périodiques concernant l’impact économique et social réel des projets.
Il est donc légitime de s’interroger sur l’efficacité de l’Agence nationale de régulation des activités relatives au cannabis dans la conduite de ce chantier et l’atteinte de ses objectifs développementaux.
Troisièmement : Développement territorial inachevé
Un des objectifs centraux de la régulation du cannabis était de réduire les disparités territoriales, or la réalité met en lumière :
- Continuité des infrastructures limitées dans les zones de culture.
- Faible intégration des populations locales dans les chaînes de production à valeur ajoutée.
- Bénéfices inégaux entre les petits agriculteurs et certains acteurs investisseurs.
Quatrièmement : Industrie pharmaceutique et valeur ajoutée perdue
Le cannabis est perçu mondialement comme une source prometteuse dans les industries médicales, mais dans le contexte marocain :
- Les projets de transformation industrielle en sont encore à un stade embryonnaire.
- Il n’y a pas encore eu de percée dans l’industrie des médicaments ou des produits médicaux dérivés.
- Manque d’investissement dans la recherche scientifique et le développement liés à la plante.
Cela soulève la question de la préparation du tissu industriel et de recherche à transformer la matière première en valeur économique réelle.
Cinquièmement : Question de la responsabilité et de la gouvernance
Parler d’un « échec » à ce stade du chantier nécessite une précision, car le projet est encore en phase de fondation. Cependant, on peut noter :
- Un fossé entre les objectifs annoncés et les résultats sur le terrain.
- Nécessité d’une évaluation globale et transparente des premières étapes de la régulation.
- Importance de renforcer les mécanismes de responsabilité et d’évaluation de la performance publique.
- Nécessité d’impliquer davantage les populations locales dans le processus décisionnel.
Conclusion
La régulation du cannabis au Maroc aurait dû constituer un nouveau modèle de développement alliant économie, justice territoriale et développement social.
Cependant, le parcours actuel montre que le passage du texte légal à un impact économique et social réel continue de faire face à des défis structurels liés à la gouvernance, à l’investissement et aux chaînes de valeur.
Ainsi, la prochaine étape impose une réévaluation complète des politiques adoptées, non seulement sous l’angle de l’accomplissement, mais aussi de l’impact réel sur la vie des populations dans les zones de culture et sur l’économie nationale dans son ensemble.




