Membre d’un Parlement syrien inédit : une actrice, une universitaire, une romancière et une femme voilée après la chute d’Assad

Dans le premier parlement syrien après la chute de l’ancien régime, la présence des femmes, bien que timide, suscite l’intérêt par la diversité de leurs parcours. Parmi elles, on trouve une actrice connue, une romancière originaire de Homs, une dirigeante kurde de Hassaké, une ingénieure chrétienne de Lattaquié, et une femme voilée veuve d’un chef de faction islamique.
Le conseil compte actuellement 22 femmes sur un total de 207 membres, soit environ 10 %, une proportion très proche de celle des femmes (9,6 %) dans le dernier Conseil du peuple élu sous le régime du président déchu Bachar al-Assad en 2024.
La nomination de femmes de différentes origines religieuses et socioculturelles reflète la tentative des autorités de montrer une diversité au sein d’une institution clé, après des critiques sur le faible représentant des diverses composantes et l’implication des femmes dans la gestion de la transition.
– Une jeune actrice –
L’actrice Rosina Lazkani (36 ans) s’est fait un nom dans le drame syrien et arabe avant d’être choisie par le président Ahmad al-Chara pour le tiers qu’il a le droit de nommer selon l’annonce constitutionnelle.
En 2013, Lazkani a commencé sa carrière artistique après avoir obtenu son diplôme du Conservatoire supérieur d’art dramatique de Damas, se faisant connaître notamment grâce à ses participations dans les séries « Al-Hayba » et « Awlad Badia ».
Dans une interview télévisée avec Al-Arabiya en juillet, elle a avoué qu’elle avait été surprise d’apprendre sa nomination deux jours avant qu’elle ne soit annoncée.
Elle a déclaré : « Lorsque l’on m’a contactée, j’ai pensé qu’un collègue plaisantait. » Elle a précisé : « C’était un peu effrayant, et je ne m’y attendais pas. »
Après sa nomination, le nom de Lazkani, qui s’éloigne de la politique, est devenu l’un des plus discutés, elle qui est originaire de Hama (centre), une ville ayant connu l’une des époques les plus sanglantes de l’histoire moderne de la Syrie, après une vaste campagne militaire dirigée par l’ancien président Hafez al-Assad en 1982 pour écraser la confrérie des Frères musulmans.
Après sa nomination, Lazkani a déclaré : « En cette période, je sens que j’ai besoin de prières plutôt que de félicitations, surtout que je ne suis pas politique. »
Avec un sourire, elle a ajouté : « J’ai un certain degré de connaissance et d’information, mais je ne suis certainement pas versée dans la politique, » une déclaration qui a suscité des critiques.
– Une académicienne chrétienne –
Du jour au lendemain, la professeure à la faculté d’ingénierie de Lattaquié, Madonna Bachara (38 ans), s’est retrouvée de la salle de classe au Conseil du peuple, après avoir été nommée par al-Chara, puis élue par ses collègues deuxième vice-présidente du conseil.
Bachara n’a pas caché à l’agence France Presse son sentiment de « mélange de joie et de responsabilité » en apprenant son choix.
Bien que le nombre de femmes soit faible, elle considère leur sélection comme « un bon début dans le premier parlement après la révolution syrienne ».
Elle insiste sur le fait que « la présence des femmes au conseil ne sera pas un simple ornement… ou une image exportée pour le monde extérieur », mais « le début d’un parcours qui doit aller au-delà de la symbolique vers la législation et l’impact ».
Bachara, titulaire d’un doctorat en ingénierie civile et reconnue pour son engagement ecclésiastique, espère qu’elle et ses collègues pourront « mener une révolution législative digne de la Syrie, attendue par tous les citoyens… et les conduire vers des rivages sûrs », après plus de 13 ans de conflit.
– Une dirigeante kurde –
Dans sa tenue kurde ornée, Fisla Youssef (56 ans) a assisté aux premières séances du Conseil du peuple, rappelant l’identité des Kurdes qu’elle représente, qui expriment une inquiétude sur leur présence politique, culturelle et sociale en Syrie.
Contrairement à Bachara et Lazkani, Youssef a été choisie par une instance régionale de la province de Hassaké (nord-est) comme candidate du Conseil national kurde, une coalition de partis ayant opposé le régime d’Assad et qui n’était pas représentée dans l’administration autonome kurde.
Youssef déclare à France Presse : « J’ai une double responsabilité : défendre toutes les composantes de la Syrie… et les Kurdes en particulier, » alors que la mise en œuvre d’un accord pour intégrer l’administration kurde dans les institutions de l’État suscite des craintes chez les Kurdes, qui aspiraient à une autonomie.
Elle souhaite également « défendre les droits des femmes et les inscrire dans la constitution », qui doit être finalisée d’ici la fin de la transition et suite à des élections basées sur celle-ci, elle qui vient d’une expérience politique où les femmes ont occupé des rôles de leadership.
– Une romancière en opposition –
Après avoir été élue députée de la province de Homs (centre), surnommée « la capitale de la révolution », l’écrivaine Nour Jandali (48 ans) espère que le parlement deviendra un espace pour « engager un dialogue avec tous les Syriens de toutes les sensibilités ».
Elle ajoute : « Nous sommes assoiffés de dialogue » après une rupture imposée par des années de conflit.
Jandali, qui a écrit plus de vingt livres et a été active dans le mouvement civil pacifique depuis 2011, apporte au conseil l’essence d’expériences de siège, de déplacement et d’opposition remarquables pendant les années de conflit.
Elle déclare à France Presse : « Je suis entrée au conseil pour provoquer un changement… Les membres du Conseil du peuple étaient comme des outils entre les mains du pouvoir et des machines à applaudir. »
– La première femme voilée –
Mirvat Toutou est la première femme voilée au Conseil du peuple. Originaire d’Idlib, elle possède un diplôme en commerce et économie et a travaillé comme enseignante pendant 13 ans. Elle a été nommée par al-Chara parmi les soixante-dix membres.
Toutou est la veuve d’Oussama Namoura, connu sous le nom d’« Abou Omar Saraqeb », qui était le chef militaire d’une coalition de factions islamistes et jihadistes qui a pris le contrôle de la région d’Idlib en 2015 et a été tué lors d’un raid l’année suivante.
À l’époque, al-Chara était connu sous son nom de guerre Abou Mohammed al-Joulani et dirigeait l’une de ces factions.
En évoquant leur relation étroite, al-Chara a déclaré dans sa première interview télévisée après la chute d’Assad qu’en arrivant à Damas et en se prosternant sur son sol, il avait pensé à Abou Omar Saraqeb, qui avait formé plus de soixante-dix pour cent des chefs militaires ayant renversé le régime d’Assad.
L’année dernière, al-Chara et sa femme ont reçu Toutou et ses enfants au palais présidentiel lors d’une cérémonie honorant les familles des martyrs.
Parmi les membres du Conseil du peuple se trouve Aïcha al-Dabbas, que les autorités ont nommée directrice du bureau des affaires féminines quelques semaines après son arrivée à Damas, une fonction qu’elle a occupée pendant environ quatre mois.
Ses positions ont suscité un large débat après qu’elle ait appelé dans une interview télévisée les femmes à « ne pas dépasser les priorités de leur nature… c’est-à-dire leur rôle éducatif dans la famille ».




