Conseil de la presse à la croisée des chemins : des mines menaçant la légitimité de la représentation.

D’après une analyse de Mohamed Karim Boukhassass, publiée par l’Institut marocain d’analyse des politiques (MIPA), intitulée « Mines semées dans l’architecture de la représentation au Conseil de la presse »
Il semble que la lutte pour la reconfiguration du Conseil national de la presse ne se limite pas à l’élection de nouveaux membres ou à l’agencement des sièges au sein d’une institution professionnelle, mais ouvre la voie à des questions plus profondes concernant qui détient le droit de représenter les journalistes et les éditeurs, et comment se construit la légitimité de cette représentation.
Dans son analyse, Mohamed Karim Boukhassass met en lumière plusieurs problématiques liées à l’architecture de la représentation au sein du Conseil national de la presse, avertissant des déséquilibres qui pourraient affecter la nature des équilibres au sein de cette institution professionnelle.
Parmi les principales problématiques soulevées dans cette analyse figurent l’équilibre entre journalistes et éditeurs, ainsi que la garantie d’une représentation juste des différentes composantes du secteur, sans oublier la situation des éditeurs indépendants et la diversité sectorielle des journalistes, en plus de la question du seuil minimum de soutien électoral requis pour accéder à la représentation.
Ces questions revêtent une importance particulière car la manière dont la représentation est distribuée n’est pas simplement un détail technique, mais une question essentielle qui détermine la nature des rapports de force au sein du conseil et sa capacité à refléter la pluralité du paysage journalistique marocain.
Dans ce contexte, l’analyse soulève la problématique de la représentation des éditeurs indépendants, notamment dans un environnement professionnel marqué par de fortes disparités, où coexistent de grands groupes de médias, des entreprises de presse de petite taille et des plateformes indépendantes confrontées à des défis financiers et professionnels croissants.
Elle souligne également l’importance de la diversité au sein du corps journalistique, à la lumière des transformations que le secteur a connues ces dernières années et du transfert d’une part importante de l’activité médiatique vers le numérique, une situation qui rend la question de la représentation plus complexe qu’un simple partage traditionnel des sièges.
Parmi les points également dignes de discussion figure le seuil de soutien électoral, car la nature de ce seuil peut avoir un impact direct sur les chances des courants et des composantes les moins représentés d’accéder au conseil.
Il en découle une question fondamentale : le conseil doit-il uniquement refléter la volonté de la majorité, ou sa légitimité requiert-elle aussi une représentation des voix et des courants professionnels divers ?
Le débat sur le Conseil national de la presse ne doit pas se réduire à une lutte pour des sièges et des noms, mais devrait s’étendre aux règles du jeu électoral lui-même et à sa capacité à garantir une représentation équilibrée et pluraliste des différentes composantes de la profession.
La légitimité juridique de l’institution, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à elle seule à instaurer la confiance. L’institution a également besoin d’une légitimité professionnelle, qui ne peut se construire que sur des règles claires, des élections équitables, et une représentation avec laquelle tous les acteurs sentent qu’ils font partie du conseil et ne sont pas de simples spectateurs à sa formation.
Selon les conclusions de l’analyse de Mohamed Karim Boukhassass, la manière dont la représentation est architecturée pourrait être un facteur déterminant dans la définition de l’image du futur conseil et de la nature de ses équilibres internes.
Enfin, la question la plus délicate demeure posée : sommes-nous face à une architecture électorale capable de représenter la presse marocaine dans toute sa diversité, ou à un modèle qui risquerait de reproduire des déséquilibres de représentation et d’influence au sein du secteur ?




