Exposition agricole 2026 : Les coopératives de cannabis sous le feu des projecteurs… Des signes de stagnation malgré un pari sur la réglementation.

La dix-huitième édition du Salon international de l’agriculture de Meknès a couronné plusieurs coopératives et producteurs dans le secteur de l’huile d’olive et des produits du terroir, illustrant la dynamique de certaines filières agricoles et leur capacité à atteindre la qualité et la compétitivité.
Cependant, ce succès soulève, en revanche, de profondes interrogations sur d’autres secteurs sur lesquels l’État a misé ces dernières années, à commencer par la filière du cannabis légal.
En dépit de l’entrée en vigueur de la loi sur la légalisation du cannabis, de la création de l’Agence nationale de régulation des activités liées au cannabis, ainsi que de l’encouragement à la création de coopératives et à la conclusion de partenariats avec des acteurs industriels, cette filière n’a toujours pas réussi, à ce jour, à atteindre des résultats concrets conformes aux attentes affichées.
L’absence de coopératives de cannabis sur les podiums de récompense lors du salon n’est pas un simple détail symbolique, mais un indicateur d’irrégularités plus profondes relatives à la faiblesse des performances, à la vulnérabilité des chaînes de valeur, et à l’incapacité à améliorer la qualité de la production ou à la valoriser économiquement.
Cela reflète, de manière directe, la situation des agriculteurs engagés dans ces coopératives, qui n’ont pas encore constaté d’amélioration réelle de leurs revenus ou de leurs conditions de vie.
En revanche, une paradoxe notable se dessine : certaines entreprises ayant obtenu des licences de l’agence ont bénéficié de facilités financières et de prêts de millions de dirhams, mais une partie d’entre elles fait aujourd’hui face à des difficultés pour honorer leurs engagements, tant vis-à-vis des banques que des coopératives locales, ce qui soulève des questions sur l’efficacité des modèles d’investissement adoptés et leur durabilité.
Cette situation met en lumière un fossé évident entre les ambitions législatives et institutionnelles d’une part, et la réalité du terrain d’autre part. La politique de régulation, censée sortir l’activité de la précarité et l’intégrer dans une économie organisée et rentable, n’a pas encore réussi à créer une dynamique économique équilibrée incluant tous les acteurs, notamment les petits agriculteurs.
De plus, cela soulève la problématique de la gouvernance au sein du système, que ce soit au niveau de l’encadrement des coopératives, de l’accompagnement des projets, ou de la garantie d’une répartition équitable de la valeur ajoutée.
Il semble que l’accent ait été mis davantage sur l’aspect juridique et réglementaire, sans fournir les conditions économiques et techniques nécessaires pour réussir cette transformation.
En somme, tandis que des filières traditionnelles comme l’huile d’olive continuent de se distinguer et d’être récompensées, la filière du cannabis légal reste à la recherche d’un modèle réussi qui équilibre investissement et justice territoriale, et qui transforme les promesses en résultats concrets.
Cela impose, aujourd’hui, une réévaluation complète de cette politique, non seulement du point de vue des chiffres, mais également de son impact réel sur les agriculteurs et le développement local.




